ACTE I , SCÈNE XIV. 6l
CRUCHET.
Écoutez donc ! Vous êtes venu à moi le premier m'ofîrir vos services, et sachant que j'étais l'ami de Rousselin, vous m'avez prié — c'est le mot, — de vous introduire chez lui.
JULIEN
A peine y suis-je que vous m'en arrachez!
GRUCHET.
Ce n'est pas ma faute si les choses ont pris, tout à coup, une autre direction.
JULIEN
Est-ce la mienne?
GRUCHET.
Mais comme il était bien convenu entre nous deux que vous entameriez une polémique contre la société des Tourbières de Grumesnil-les-Arbois, président le comte de Eouvigny, en démontrant l'incapacité financière du dit sieur, — une affaire superbe dont ce gredin de Dodart m'a exclu!...
MUREL, à part.
Ah! voilà le motif de leur alliance !
GRUCHET.
Jusqu'à présent, vous n'en avez rien fait; donc, c'est bien le moins, celte fois, que vous vous
exécutiez! Ce qu'on vous demande, d'ailleurs, |
n'est pas tellement difficile... j
N'importe! je refuse.
Julien, vous oubliez qu'aux termes de notre \ engagement...
JULIEN. j
Oui, je sais! Vous m'avez pris pour faire des
découpures dans les autres feuilles, écrire toutes ;
les histoire de cbiiens perdus, noyades, incendies, I
accidents quelconques et rapetisser à la mesure :
de l'esprit local les articles des confrères parisiens, ;
en style plat ; c'est une exigence, chaque meta- |
phore enlève un abonnement. Je dois aller aux j
informations, écouter les réclamations, recevoir |
toutes les visites, exécuter un travail de forçat, ]
mener une vie d'idiot, et n'avoir, en quoi que ce j
soit, jamais d'initiative! Eh bien, une fois pîir i
hasard, je demande grâce! |
MUREL. ^.
Tant pis pour vous! \
CRUCHET. ;
Alors il ne fallait pas prendre cette place ! ;