ACTE 11, SCENE IV
un furieux, en disant que j'allais abjurer mes opinions.
ROUSSELIN
C'est parce que je suis modéré! Je proteste également contre les tempêtes de la démagogie, que souhaite ce polisson de Gruchet, et le joug de l'absolutisme, dont monsieurBouvigny est l'abominable soutien, le gothique symbole I en un mot,
— fidèle aux traditions du vieil esprit français,
— je demande, avant tout, le règne des lois, le gouvernement du pays par le pays, avec le respect de la propriété! Oh! là-dessus, par exemple!...
MUREL.
Justement ! on ne vous trouve pas asssez républicain.
Je le suis plus que Gruchet, encore une fois ! car je me prononce — voulez-vous que je l'imprime, — pour la suppression des douanes et de l'oclroi...
MUREL.
Bravo !
ROUSSELIN
Je demande l'affranchissement des pouvoirs municipaux^ une meilleure composition du jury, la liberté de la presse, l'abolition de toutes les sinécures et titres nobiliaires.,.
MUREL.
Très bien !
ROUSSELIN
Et l'application sérieuse du suffrage universel ! Cela vous étonne! Je suis conrime ça, moi! Notre nouveau préfet qui soutient la réaction, je lui ai écrit trois lettres, en manière d'avertissement ! Oui, monsieur ! Et je suis capable de le braver en face, de l'insulter! Vous pouvez dire ça aux ouvriers !
MUREL, à part.
Est-ce qu'il parlerait sérieusement?
ROUSSELIN
Vous voyez donc qu'en me préférant Gruchet... car, je vous le répète, il se vante d'être soutenu par vous. Il le crie dans toute la ville.
Que savez-vous si je vote pour lui ?
ROUSSELIN
Comment ?
MUREL.
Moi, en politique, je ne tiens qu'aux idées ; or les siennes ne m'ont pas l'air d'être aussi progressives c(ue les vôtres? Un moment! Tout n'est pas fini !