‹ Théâtre légendaireChapitre 30 sur 74 · L G T H AI R E · texte numérisé non relu

L G T H AI R E

Vous nous repoussez tous, et Rolande vous aime! VIVIEN, prévenant une nouvelle iulervention de Noe'lie.

Que la noble princesse en soit Juge elle-même! De quel espoir son cœur peut-il être bercé, Tant qu'elle n'aura pas racheté le passé?

FLORUS

Je ne vous comprends plus.

Qu'il s'explique, mon père; Qu'il parle!

VIVIEN, à Rolande.

Et cette loi que vous fîtes naguère Pour tous les malheureux qui briguaient votre amour, Si Dieu vous l'imposait, princesse, à votre tour?

ROLANDE

L'épreuve du Rhultor, moi, que je la subisse!

L 1 B .T. E s C CE U R S 1 49

Moi, moi, que je traverse aussi le précipice! C'est vous qui le voulez! Est-il vrai, juste ciel?

Prince, qu'avez-vous dit?

F L CRUS, â Vivien.

Ah ! vous êtes cruel.

VIVIEN

Hélas! pourquoi faut-il que le passé farouche,

Malgré mon cœur surpris", ait emprunté ma bouche?

Si grand que soit le mal par l'erreur suscité,

La justice divine est faite de bonté;

La loi du talion n'est pas dans l'Évangile.

Et puisque tout en nous sur terre est si fragile,

Veuille celle à qui j'ai parlé trop durement

N'en garder nul ombrage et nul ressentiment!

Cependant, jusqu'au jour où le pardon céleste

A son égard pourra devenir manifeste.

Ne sied-il pas que loin du bruit, loin des mortels,

Elle se réfugie au pied des saints autels.

Dans le recueillement, dans l'oubli de ce monde,

Pour y trouver bientôt, avec la paix profonde.

Si douce aux cœurs blessés par la vie, aux fronts lourds,

La grâce rédemptrice et ses plus purs secours?

ROLANDE

Merci! Vous m'avez dit le vrai, le nécessaire; Et je vois maintenant ce qui me reste à faire. Ce n'est point d'emporter au cloître ténébreux, Gomme vous me l'offrez, vous croyant généreux.

IfO THÉÂTRE LÉGENDAIRE

La honte et la douleur dont vous m'avez navrée. Alors, oui, je serais dûment déshonorée; Mais je me sens trop fière encore, en ma stupeur, Pour suivre lâchement les conseils de la peur. La suprême équité n'en veut pas tant, du reste; On ne peut réclamer de moi, je vous l'atteste, Plus que je n'ai, d'abord, des autres exigé. Je subirai ma loi. Que rien n'y soit changé! Qu'on me donne un cheval, un habit de guerrière; Devant tous, à genoux, je ferai ma prière; Et puis, si je n'ai pas, prince, votre bonheur. J'aurai pavé ma dette et sauvé mon honneur.

Rolande!

Un long supplice au fond d'un monastère! Le Pont Croulant vaut mieux cent fois; je le préfère. Le prince m'a montré, d'un geste véhément, Le seul chemin par où je puisse noblement Rentrer dans le devoir et dans ma propre estime. Si ce chemin-là passe au travers de l'abîme. Qu'importe? Dieu, par qui les cœurs droits sont absous. Sait que je ne crains rien.

F LORUS.

Seigneur, pitié pour nous!

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