‹ Théâtre légendaireChapitre 65 sur 74 · LE ROI, BÉATRICE · texte numérisé non relu

LE ROI, BÉATRICE

LE ROI

Maintenant qu'ils sont tous partis, soyez sincère! Béatrice, est-ce vrai?

BÉATRICE

Vous après eux, mon père!

LE ROI

Dis!

BÉATRICE

Vous doutez de moi.

LE ROI, après avoir longuement regardé Béatrice. Dans tes yeux j'ai bien lu; Tu ne m'as pas trompé, tu n'aurais pas voulu.

BÉATRICE

Vous pouvez m'embrasser.

LE ROI

Ce Pascal est infâme.

Je ne sais quoi d'obscur, pourtant, reste en mon âme. Personne, tu l'as vu, n'a pris parti pour toi; Bien que je sois ton père et que je sois le roi,

Je frémis, je crains tout. Veux-tu fuir? Un passage, Dont j'ai seul le secret, conduit jusqu'à la plage; Et nous pouvons, à bord d'un navire étranger, Demain, si tu le veux, être hors de danger.

BÉATRICE

Que me demandez-vous? Qui? moi! que je consente A fuir, à déserter! Mais je suis innocente, Mon père!

LE ROI

Épargne-moi de plus grandes douleurs!

BÉATRICE

Oserais-je mêler mes larmes à vos pleurs,

Aurais-je un cœur sans trouble, un front sans épouvante,

Serais-je ici debout, serais-je encor vivante.

Si je n'avais tenu haut et pur notre honneur!

LE ROI

Ah! merci; j'ai voulu t'éprouver, j'avais peur.

BÉATRICE

Comme, en m'interrogeant, vous m'avez regardée!

LE ROI

Au premier mot d'aveu, je t'aurais poignardée. Mais l'honneur étant sauf, le reste importe peu; Et je remets la cause entre les mains de Dieu.

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