LE ROI, BÉATRICE
LE ROI
Maintenant qu'ils sont tous partis, soyez sincère! Béatrice, est-ce vrai?
BÉATRICE
Vous après eux, mon père!
LE ROI
Dis!
BÉATRICE
Vous doutez de moi.
LE ROI, après avoir longuement regardé Béatrice. Dans tes yeux j'ai bien lu; Tu ne m'as pas trompé, tu n'aurais pas voulu.
BÉATRICE
Vous pouvez m'embrasser.
LE ROI
Ce Pascal est infâme.
Je ne sais quoi d'obscur, pourtant, reste en mon âme. Personne, tu l'as vu, n'a pris parti pour toi; Bien que je sois ton père et que je sois le roi,
Je frémis, je crains tout. Veux-tu fuir? Un passage, Dont j'ai seul le secret, conduit jusqu'à la plage; Et nous pouvons, à bord d'un navire étranger, Demain, si tu le veux, être hors de danger.
BÉATRICE
Que me demandez-vous? Qui? moi! que je consente A fuir, à déserter! Mais je suis innocente, Mon père!
LE ROI
Épargne-moi de plus grandes douleurs!
BÉATRICE
Oserais-je mêler mes larmes à vos pleurs,
Aurais-je un cœur sans trouble, un front sans épouvante,
Serais-je ici debout, serais-je encor vivante.
Si je n'avais tenu haut et pur notre honneur!
LE ROI
Ah! merci; j'ai voulu t'éprouver, j'avais peur.
BÉATRICE
Comme, en m'interrogeant, vous m'avez regardée!
LE ROI
Au premier mot d'aveu, je t'aurais poignardée. Mais l'honneur étant sauf, le reste importe peu; Et je remets la cause entre les mains de Dieu.