SCET^E II
SMORFI, seul.
Il me paiera cet outrageux renvoi.
Comte, on vous adorait, on chantait votre gloire;
Puisqu'on n'y gagne rien qu'un refus dérisoire, On fera le contraire. Ah! vous m'avez chassé! Vous avez eu grand tort.
Au moment où il va sortir, la porte s'ouvre et il se trouve en face de Jérôme.
SCEX.E III JEROME, SMORFI.
JÉRÔME
C'est bien vous le blessé De l'autre soir? Alors, c'est guéri?
SMORFI.
Je le pense.
J'accourais à votre aide, et j'eus pour récompense Un joli coup d'épée.
JÉRÔME
Et pourquoi n'avoir pas Abaissé votre fer devant Roger, là-bas?
Le comte est-il chez lui?
SMORFI.
J'ai vu Son Excellence.
JÉRÔME
Est-ce qu'il reste encore un rayon d'espérance Pour la princesse? Hélas! c'est demain le grand jour.
Pascal tient son défi. Que dit-on à la cour? Que pense Fabius? Il est prévôt des armes...
SMORFI.
Le sort de la princesse excite vos alarmes?
JÉRÔME
Je me rappelle encor combien l'aimait Roger; Et Je la défendrais, si je pouvais songer A combattre Pascal. Un instinct sûr me crie Que l'on est abusé par quelque diablerie.
SMORFI.
Avez-vous des soupçons?
JEROME
Qui peut-on soupçonner?
SMORFI.
Personne évidemment. Mais on peut raisonner.
JÉRÔME
On en perd la raison.
SMORFI.
La chose est ténébreuse.
Le prince? disparu! La princesse? amoureuse! En vos soupçons, d'abord, sachez vous limiter. A qui, diantre! cela devrait-il profiter?
JÉRÔME
C'est juste.
SMORFI.
Si demain la princesse, souillée, Abandonnée, était de ses droits dépouillée, Quel serait l'héritier présomptif du vieux roi?
J É R O iM E .
Le comte Fabius, n'est-ce pas?
SMORF I.
Oui, ma foi !
JÉRÔME
où le profit se trouve, il faut chercher le crime; Mais comment distinguer le vrai, dans cet abîme?
SMORFI.
Avant la guerre, avant que vous vinssiez ici. Le comte avait le jeu d'un amoureux transi Auprès de la princesse, et, s'efForçant de plaire. Lui faisait bellement une cour exemplaire. Elle est le seul obstacle entre le trône et lui. Ce qu'un temps on a vu m'inquiète aujourd'hui.
JÉRÔME
Pour le prince Roger, le comte a fait paraître Beaucoup de dévoûment et d'amitié.
SMORFI.
Peut-être !
JÉRÔME
Le prince l'a sauvé d'un sérieux danger.
SMORFI.
Justement! Dot, amour, le beau prince Roger Prend tout; et Fabius étant gonflé d'envie. Pour comble d'insolence il lui sauve la vie. C'est fort désobligeant, avouez-le!
JÉRÔME
Je vois La vérité sortir de l'ombre à votre voix.
SMORF I.
Oh! déjà?
JÉRÔME
Fabius, me disais-je sans cesse, Fabius a dû tendre un piège à la princesse.
SMORF I.
Bien!
JÉRÔME
Je ne sais aimer ni haïr à demi; Aidez-moi, je serai franchement votre ami.
SMORF I.
Ce que j'ai pu vous dire est cependant très vague.
JÉRÔME
Voulez-vous m'obliger? Acceptez cette bague, Et que je ne sois plus pour vous un étranger!
SMORFi, refusant vwUanent la bague.
Un tel joyau? Jamais!
JÉRÔME, le forçant à l'accepter.
Mais si, pour m'obliger.
Causons à cœur ouvert.
SMORFI.
Nous sommes chez le comte.
Vous avez le ton haut et la parole prompte; Il serait plus prudent de s'expliquer plus loin.
ROGERDENAPLES 27 1
JEROME
Sortons d'ici.
Sortons. Mais qu'on prenne grand soin D'observer tous les pas du comte, et qu'à toute heure Des hommes dévoués surveillent sa demeure!
JÉRÔME
Je vais m'en occuper.
Ils sortait. Fah'ms rentre du côté opposé, sans les avoir vus.