SCÈNE IV NOUR-EDDIN, THAMARA
NOUR-EDDIN, très doux.
Nous sommes seuls. Parle sans feinte Ne crains rien !
THAMARA.
J'ignore la crainte.
16 THAMARA
Qui donc es-tu'.'
Regarde I
Elle lai>î€ tomber son voile.
N 0 U R - E D D 1 N , arec ébloui?sement.
0 trésor de beauté!
Fleur d'amour virginale ! 0 fleur de volupté !
Il la contemple un instant sans rien dire. Elle est debout, dévoilée, dans la blancheur laiteuse de la lumière. Ses mains se serrent sur sa poitrine nue, et l'horreur de ce qu'elle doit accomplir l'envahit.
NOUR-EDDIX. sapprochant et lui prenant la main.
Devant moi tu restes glacée.
Ne baisse pas ainsi les yeux I
Fais-moi pénétrer ta pensée,
Thamara ! parlt^ : dis tes secrets et tes vœux !
THAMARA.
Mes vœux : tu viens de les connaître ; Mes secrets, je les garde... ils sont connus des cieux.
Avec effort.
Un mot te suffit... Sois mon maître!
XOUR-EDDIN. ardemment.
Ahî tii dis vrai î De quoi me soucier encor? niiaiid tu vas être à moi, que m'importe le sort? Oui. ton amour, cest la laveur suprême! C'est le rêve divin !
Ta beauté m'enivre et je t'aime,
Le reste est vain.
Oui, n"aurais-je à vivre qu'une heure
Dans tes bras
Je dirais toujours : Que je meure!
Mais ne fuis pasi
TUA M ARA, frappée.
As -lu donc pressenti que mon amour funeste Pouvait donner la mort?
N G U R - E D D T N , la contemplant
0 vision céleste I Je l'attendais !
Aour-Eddin va t'aimer comme il n'aima jamais I
THAMARA, frissonnante.
Ah!
XOUR-EDDIN.
Thamara, je sul)is ton empire!
Ton pouvoir se répand sur moi.
THAMARA, à elle-même.
Je souûro... A peine je respire.
Qui m'a conduite ici ? Pourquoi ?
J'acceptais la mort... le martyre!
NOLR-EDDIN.
Je suis ton esclave à mon tour.
THAMARA.
Ah! rien ne pouvait donc me dire Que l'ennemi c'était l'amour !
NOUR-EDDIN, avec extase.
Mon âme te contemple !
THAMARA, égarée,
Bakou ! Khirvan ! Le temple !
Je suis l'esclave et non le maître, ô ma beauté ! Va, dis-moi maintenant quelle est ta volonté : Qu'un regard me l'apprenne.
18 THAMARA
THAMARA, avec un mouvement de joie et d'espérance.
A Nour-Eddin.
DieuII... m'obéirais-tu?
NOUR-EDDIN
Commande en souveraine!
Parle
THAMARA, s'arannant palpitaate.
Et si je te disais :
Roil délivre Bakou I n'en ferme plus l'accès! Emmène tes soldats î Retourne à ta frontière ! Voilà ce qui me plaît, ô roil... Veux-tu le faire?
N 0 r R - E D n I N , gubitement farouche.
Cela!... Jamais.
.J'ai dit que je t'aimais; Mais la vengeance encor plus que l'amour m'est chère.
J'en ai fait le serment !
Bakou ne sera plus qu'un sépulcre fumant I C'est juré par Allah!
THAMARA, avec désespoir.
Il faudra donc qu'il meure!
NOUR-EDDIN, brusquement, s'approdianl de Thamara.
Thamara, dis, tu m'appartiens!
THAMARA, suppliante.
Je pleure!
Écoute ! Écoute-moi !
Quelque chose est plus grand que la gloire des armes C'est la clémence, ô roi !
Ah! j'ai soif de tes charmes Je t'adore!
THAMARA, se traînant à ses p.eds.
Pitié !... grâce î... Tu vois mes larmes Écoute-moi !
XOUR-EDDIN.
Pour toi mon à me est douce.
THAMAIIA.
Malheur à qui repousse L'ange de la pitié ! Nour-Eddin, sois clément ! Nour-Eddin, Nour-Eddin, renonce à ta vengeance! Un peuple par ma voix supplie en ce moment
Éperdue.
Sois clément!
KOUR-EDDIN, voulant la saisir.
Ah! viens ! je t'aime!
THAMARA, se tordant les mains.
Alors, plus d'espérance!
NOUR-EDDIN, la prenant dans ses Lras.
Thamara. viens!
THAMARA, se débattant.
Non! non!
Soudain, comme pour s'enfuir.
Conquiers ta délivrance, Bakou!... Je ne peux pas te la donner!
A Nour-Edilin.
Adieu !
Rerulant, égarée.
Non, ne m'approche pas!... laisse-moi fuir ce lieu; Laisse-moi, je te dis, m'enfuir... .Te suis funeste!
NOUR-EDDIX, avec séduction.
Reste !
L'amour seul est vainqueur!
Reste là sur mon cœur!
20 THAMARA
Oublions tout... tes peines, ma colère :
Va, c'est Famour. lui seul, qui nous éclaire !
Oublions tout, le bien comme le mal.
Je t'adore I Ton front charmant a des rougeurs d'aurore, Ta chair a le parium de l'ambre et du santal Toi, plus belle que Nourmahal.
Exquise enchanteresse !
Mon trésor! ma beauté I
THAMARA, dt-faillante.
Ah ! sa voix est la caresse
Des pures brises d'été;
Sous cet amour qui m'oppresse
Se débat ma volonté.
Ahl dans mon âme éperdue,
Quelle extase inconnue!
NOUR-EDDIN
0 fleur de volupté!
Voici Fheure attendue!
Viens, ma fleur, ma beauté!
Viens!... Viens!...
THAMARA.
En vain je veux lutter contre moi-même!
Qu'ai-je fait?
NOUR-EDDIN
S'iens !
Hélas! malheureuse, je l'aime!
Elle Jemeure défaillante dans les bras de \our-E.ldin qui 1 entraîne lentement.
Rideau.
Même décor que le précédent. Lampe allumée sur le trépied au chevet du lit. Nuit bleue. Coin du ciel aperçu à travers Tun des arceaux dont la lenlurc est à demi relevée. Thamara, blanche dans sa robe blanche, les cheveu.v défaits, regarde N'our-Eddin endormi. — Symphonie.
SCExNE UiMQUE
THAMARA, XOL'R-EDDIN, Yoix.