SCÈNE viir
Les Mêmes, ACHILLE.
ACHILLE, à Beloison, lui remettant un billet. De monsieur George. . .
BELOISON.
Hein ?
Dont je suis le valet.
J'attends là la réponse aussitôt, s'il vous plait,
[à part, regardant Brisefer.) Ma lèvre de fureur doit être violette.
Le voilà, le pendard qu'estime ma Ninette ! Allons, au lieu d'un duel c'en est deux qu'il nous faut! Le marquis pour mon maître, et pour moi le maraud.
BELOISON, lisant.
« Je désire vous dire un seul mot de l'affaire. « Avez-vous un moment? "
(à part.)
Très-bien ! la chose est claire.
ACHILLE
La réponse, monsieur?
BELOISON, à part.
La Ninette a dit vrai.
Le pourfendeur recule ! Allons, je me battrai.
{à Achille.) Dis que j'attends ici; que, s'il a du cœur comme Un ferrailleur, j'en ai, moi, comme un gentilhomme.
56 LE POINT d'honneur.
ACHILLE
Monsieur, qui n'en a pas de ce cœur aujourd'hui? Vous en avez, mon maître en a, moi comme lui. Il coupe un nez de quarte, et de tierce une oreille; Et moi, qui ne suis pas une lame pareille. Puisque je ne me bats qu'au bâton, en deux temps Je mets mon ennemi sans défense et sans dents. Qu'il vienne mordre alors !
S'en prendre à la mâchoire!
Vous n'êtes pas honteux? Quelle sale victoire!
ACHILLE
Je défends mon honneur : il suffit.
BRISEFER.
Tout de bon?
Vous trouvez que l'honneur est au bout d'un bâton?
ACHILLE
Pardon, si devant vous je prends en main sa cause. Mais le bâton, mon brave, est une belle chose. Je veux qu'un chevalier, un vidame, un seigneur. Avec son arme à lui défende son honneur. Mais, manant dont la canne est l'arme naturelle, Je voudrais bien savoir pourquoi, dans ma querelle, Lorsque mon honneur a son bâton dans la main, Il irait emprunter une épée au voisin!
Soyons de notre temps, et vilains que nous sommes, Battons-nous en vilains, et non en gentilshommes.
BRISEFER.
Oui, vilain bien nommé, qui va prendre le temps De descendre en champ clos pour arracher des dents ! Quoi! vanter devant moi ton honneur bâtoniste!
ACHILLE
Je suis contemporain.
BRISEFER.
Toi? tu n'es qu'un dentiste!