HECTOR, MATHILDE
HECTOR, suivant Clémence du regard.
Mais c'est une véritable vendetta. Cette maudite phrase me poursuivra donc toujours? «Je vous présente Monsieur, que je ne connais pas...» C'est affreux, ça ; car, cette enfant, je l'aime! Je... {Quand Clémence est sortie, Maîhilde est allée au piano sur le pupitre duquel est un morceau tout ouvert. — Elle reste debout et tourne machinalement quelques pages; puis elle tire son mouchoir et essuyé ses larmes à la dérobée,)
HECTOR, s'aperceiant qu' elle pleure et s* élançant vers elle. Vous pleurez, Maihilde ?
MAïHiLDE, se cachant la tête dans ses mains. Non, monsieur, je ne pleure pas.
HECTOR
Que vous a dit votre tante ?
MATHILDE
Elle ne m'a rien dit, monsieur.
HECTOB.
Mathilde, je vous en prie, ne me boudez pas.
MATHILDE
Je ne boude pas, monsieur, j'étudie. {Elle continue à tourner les pages d'une main et à s'essuyer les yeux de Vautre.)
HECTOR
Voyons, ma bonne petite Maiiiiide, votre tante vous a raconté...
MATHILDE
Elle ne m'a rien raconté, monsieur.
HECTOR
Ecoutez au moins ma justification.
MATHILDE, s' asseyant sur le tabouret et tournant le dos au piano. Je n'ai pas le temps... 11 faut que j'étudie.
HECTOR
C'était une folie sans conséquence, une étourderie, rien de plus.
MATHILDE, se levanU Non, monsieur, c'est un crime.
Un crime ?
MATHILDE
Oui, monsieur, un crime I moi qui souffrais tant là-bas de ne pas vous voirl
* Hector, Mathilde.
HECTOR
Quoi I...
Laissez-moi étudier.
MATHILDE
HECTOR
Pasavant q ue vous m'ayez entendu.
MATHILDE
Mais parlez donc, monsieur ? ma tante m'a dit que vous suiviez toutes les femmes et que vous les invitiez h dîner.
HECTOR
Par exemple ! mais ma modeste aisance n'y suffirait pas ; et cette accusation tombe d'elle-même.
MATHILDE
Mais enfin, monsieur, vous avez invité ma tante.
HECTOR, embarrassé. Ah! votre tante... c'est différent.
MATHILDE
Vous saviez donc qu'elle était ma tante?
HECTOR, vite.
Hein ? oui, oui ! je le savais !
MATHILDE
Pourquoi ne me l'avez-vous pas dit tout de suite?
HECTOR
C'est que je n'y ai pas pensé, mais je le savais.
MATHILDE
Comme vous mentez ! tout à l'heure, vous disiez que c'était une étourderie.
HECTOR, se haltant les flancs.
Eh bien ! oui, une étourderie, c'en éiait une, après tout ; l'amour seul me l'avait fail commettre; mais, enfin, c'en était une. J'avais suivi votre tante; mais... pouvais-je lui avouer que... non, je ne le pouvais pas, et puis, votre tuteur, devais-je m'exposer à le... non, je ne le devais pas; mon amour, votre réputation... J'ai dû me sacrifier et me faire passer pour un étourdi qui suit les femmes et... qui les invite à dîner. Je l'ai fait sans regret, c'était mon devoir, et, si c'était à recommencer... { avec noblesse ) ]& le ferais encore. {^4 pari.) Je ne sais plus du tout ce que je dis. MATHILDE, qiU a fait de grands yeux tout le temps.
Est-ce bien vrai... tout ça?
HECTOR, à part.
Chère petite* elle n'a pas compris un mot. (ffauty avec senti"