SCENE IV
gestes de Faublas, Richelieu et autres petits coquins... pour voir si je ne trouverais rien d'applicable à ma situation... quand, tout à coup, je sens mes forces qui s'en vont, mes jambes qui s'allongent, mes idées qui se raccourcissent, et mes yeux qui diminuent... de diamètre et de circonférence. coKSTANTiNE, riant, et se levant.
C'était l'opium !
ANTÉNOR, se levant.
Oui, mademoiselle, c'était l'opium qui faisait son devoir de narcotique efficace, mais inintelligent. Et, quel songe ! [Constan- Une s'est levée et a été s*asseoir à droite près du bureau.)
Air : Ce que f éprouve.
Ce fut un songe oriental, Plein de minarets, de mosquées, Plein de femmes très-peu... masquées.
Une sorte de carnaval, Moins le costume et moins le bal.
Parmi ces houris très-accortes.
Dont l'œil bleu pour moi s'animait, La plus belle déjà m'aimait...
Miis mon rêve finit aux portes Du paradis de Mahomet.
Quand je me réveillai, le burnous avait disparu, et j'étais seul dans le coupé.
CONSTANTINE, SB kvanU
Est-ce tout?
ANTÉNOR
C'est tout!
CONSTANTINË.
Quoi I c'est là le dénoûment de votre roman ?
ANTÉNOR
Jusqu'à présent.
CONSTANTINË.
Vous espérez donc revoir la personae ?
ANTÉNOR
La revoir? non, puisque je ne l'ai pas encore vue; mais la voir.
CONSTANTINË.
Vous savez donc son nom ?
ant£nor.
Non.
GONSTANTINE.
Alors quel moyen comptez-vous employer pour...
J'ai une pièce de conviction... un objet laissé par elle dans la voiture, et qui no me quitte jamais. Quand je vais dans le monde, je le lire de temps en temps de ma poche , comme ceci ; et si je rencontre mon inconnue, elle ne pourra s'empêcher de dire en le voyant...
CONSTAKTINE.
iMon pistolet î Précisément ; alors.
Alors?
ANTENOR
CONSTANTINE
ANTENOR
Alors, je lui demanderai sa main et je l'épouserai quinze jours après. J'ai fait venir exprès mes papiers, pour ne pas la faire attendre.
CONSTANTINE
Et si elle vous rit au nez ?
ANTÉNOR
J'attendrai qu'elle ait fini.
CONSTANTINE
Et si elle est mariée?
ANTÉNOR
J'attendrai qu'elle ait fini... Ah! non, au fait... Eh bien! je me fourrerai dans la bouche ce petit souvenir, et... {apercevant sur la table de droite un pistolet pareil à celui qu'il tient.) Ahî mon Dieu !
CONSTANTINE
Qu'ya-t-ir?
ANTÉNOR, prenant le pistolet.
Pareil! C'est le pareil! Les deux font la paire... Mais alors, mon Arabe, mon inconnue, mon burnous... c'était donc vous?
CONSTANTINE
Eh bien I oui, monsieur, c'était moi; après?
ANTÉNOR
Mais alors, je suis le plus heureux des hommes !
CONSTANTIME.
Bah!
* Constantine, Anténor.