SCÈNE IV
DE LA PIERRE MEULIÈRE , DERBIGNY, veiiant de la gauche et tenant chacun un papier à la main. Ils entrent en discutant: on a entendu leurs voix hors de vue.
DE LA PiERRE MEULIERE , très animé.
Ventrebleu, Derbigny! je suis un ancien volontaire des Cent- Jours, j'ai désarmé un Prussien à la barrière du Roule; vous comprenez que j'ai la tète diablement près du bonnet, et que je n'aime jjointe les affaires qui traînent I J'ai quitté mon château de Hochepot maigre ma santé délicate.
DERDiov, raillant.
Oh ! votre santé... votre santé I...
DE LA PiERRE MEULIERE.
Elle est très frcle... ça n'en a pas l'air... mais elle est très frêle! Konobstant. j'ai bravé les conséquences pour venir causer avec vous de notre procès pour la ferme du Mesnil... Il faut en finir... Je veux marier ma fille avant mon trépas, que diable-.. Voulezvous que cette ferme serve de dot à nos enfants... oui ou non? C'est net, oui ou non 1
Plus de procès 1 mais c'est tout ce que je demande.
DE LA PIERRE MEULIERE, luî montrant le papier quil tient.
Eh bien 1 alors, signez.
DERBIGNY.
Il est bien entendu que celui de nous deux qui se refuserait au mariage perdrait par ce fait tous ses droits sur la ferme?
DE LA PIERRE MEULIÈRE
Ce ne sera pas moi I
DERBIGNY.
Ni moi î
DE LA PIERRE MEULIERE
Signez!
DERBIGNY, à part.
Elle vaut deux cent mille francs.
(7/5 vont signer au bureau à gauche.)
DE LA PIERRE MEULIERE
Je signe un double.
DERBIGNY.
Moi, l'autre.
{Ils les échangent.)
DE LA PIERRE MEULIÈRE
Voici une affaire faite.
ijls reviennsnl en scène.)
DERBIG.NV.
Et maintenant, pour que vous ne la regrettiez pas, je vous ai gardé pour la bonne bouche la note des dépenses d'Isidore pendant le mois dernier : vous pourrez ainsi apprécier le caractère de votre futur gendre.
DE LA PIERRE MEULIÈRE
Il vous rend des comptes... Ah! Tinnocent. je le reconnais là... Moi, qui suis un ancien gaillard, je n'en Tev.da'i< pointe . J'en faisais à mes parents ; mais je ne leur en rendais pointe.
DERBIGNV,
Lisez-moi ça.
DE LA PIERRE MEULIÈRE, lisant.
« Note de mes dépenses pendant le mois dernier ; Déjeuners et dîners, 48 fr. 2o.
DERBIO'V.
Trente-deux sous par jour. . .
DE LA PIERRE MEULIERE
C'est maigriot.
DERBIGNV.
Il se prive bien certainement du nécessaire.
DE LA PIERRE MEULIERE
« Menus plaisirs et spectacles, 2 fr. 75 c »
DEREIGNY.
Est-ce trop? Dites, la Pierre Meulière, peut-il s'abstenir absolument...
DE LA PlEIiRE MEULIERE.
C'est un niais! Moi qui étais volontaire en 1815 et qui ai captivé un Prussien... je faisais mille farces... J'ai eu plus de duels' que vous n'avez de che^■eux sur l'occiput, mon brave ami.
DERBÎG^-Y.
\ouz, oui : mais Isidore n'a pas été élevé dans ces idées là.
DE LA PIERRE MEULIERE
C'est le mal!... c'est le mal! (Lfsa?j^) «Location de livres de » droit, 33 fr. ! y^ Diable! il est donc bien savant? derbig:{v.
Il travaille trop, je vous dis.
DE LA PIERRE MEULIERE
« Briquets phosphoriques, 12 fr. » Pour un mois, c'est inouï!... Il passe donc sa vie à allumer des bougies ?... Décidément, ce doit être un garçon fort éclairé.
DERBiGNY, acec ejithousiasmc.
Hein , la Pierre Meulière ? hein ?
DE LA PIERRE MEULIÈRE
« Souscription pour doter une rosière couronnée par les élèves » de l'Ecole de Médecine, 20 fr. »