‹ ThéâtreChapitre 201 sur 462 · ACTE II, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VIII

RICHELIEU

Et par quel précieux miracle, ma belle enfant, ai-je l'honneur d'être connu de vous?

MARIE

Et par quel précieux miracle, monsieur le duc, ai-je l'honneur de vous voir ici ?

Elle m'interroge ! Nous sommes bien loin l'un de l'autre, mademoiselle, pour échanger des confidences.

MARIE

Eh bien , rapprochons-nous !

RICHELIEU

Elle me confond... Mais, mademoiselle Marie, la clef est enlevée. Vous êtes enfermée dans le pavillon.

MARIE

Pardon , monseigneur ! c'est vous qui êtes enfermé dans le jardin. Vous ne pouvez pas entrer dans le pavillon , mais moi j'en puis sortir [elle lui montre une clef) , comme vous allez le voir. {Elle se retire du balcon.)

RICHELIEU, seul.

Soit innocence, soit science supérieure, je dois avouer qu'elle me taille en pièces.

MARIE, ouvrant la porte et saluant.

Monseigneur !

RICHELIEU

Mademoiselle Marie !

MARIE

Et maintenant, monseigneur , j'espère que vous allez me dire ce qui vous amène a TErmitage. Ce n'est pas trop votre place, entre nous.

RICHELIEU, à part.

Elle est trop éveillée, c'est elle qui va au bal. [Haut.) Mademoiselle Marie, je viens de la part de monsieur votre oncle , vous allez savoir pourquoi; mais de giàce, ma jolie enfant, apprenezmoi d'abord comment vous me connaissez.

Par un portrait de vous fort ressemblant, à ce que je vois.

RICHELIEU

Un portrait de moi?

MARIE

Que j'ai vu chez madame la chanoinesse.

RICHELIEU-

whez madame la chanoinesse?

MARIE

Un jour que je furetais dans son garde-meuble.

RICHELIED.

Dans son garde-meuble ! c'est fâcheux.

MARIE

Je découvris ce portrait , oublié , me dit-elle, par les anciens propriétaires; votre nom était au bas, monseigneur; madame la chanoinesse en prit occasion de me faire de la morale... C'est que, voyez-vous, monseigneur, madame la chanoinesse a une

méthode d'éducation a elle.

RICHELIEU

Il y paraît...

MARIE

A ce que dit madame la chanoinesse, monseigneur, il ne faut pas cacher aux jeunes filles qui doivent vivre dans le monde les dangers qu'on y rencontre , mais bien xjluiôl les leur montrer , parce que l'ignorance trop grande n'est qu une chance de péché de plus. Pardon, monseigneur, je bavarde, je vous ennuie peutêtre!

RICHELIEU

Du tout . mademoiselle, continuez; vous me mystifiez, mais vous ne m'ennuyez pas.

5IARIE.

C'est que , voyez-vous , monseigneur, après que madame la chanoinesse m'eut parlé longtemps de vous, je lui dis : Eh bien! si je le rencontre jamais, moi» ce duc de Richelieu, qui se moque de toutes les femmes, je me moquerai de lui, et c'est ce que je

fais, monseigneur.

RICHELIEU

A merveille, mon enfant... Ainsi, madame la chanoinesse vous parla longtemps de moi ?

MARIE

De vous , monseigneur , et de tous ceux qui trompent les femmes, en leur faisant croire qu'ils les aiment , et elle m'enseigna aussi le secret de n'être pas trompée; voilà pourquoi vous me voyez si tranquille avec vous.

RICHELIEU

El ce secret?...

MARIE

C'est de ne pas vous rroire et de ne pas vous craindre.

RICHELIEU

Vous êtes ravissante, mon enfant.

Page 1