ACTE II, SCENE VIII
RICHELIEU
Et par quel précieux miracle, ma belle enfant, ai-je l'honneur d'être connu de vous?
MARIE
Et par quel précieux miracle, monsieur le duc, ai-je l'honneur de vous voir ici ?
Elle m'interroge ! Nous sommes bien loin l'un de l'autre, mademoiselle, pour échanger des confidences.
MARIE
Eh bien , rapprochons-nous !
RICHELIEU
Elle me confond... Mais, mademoiselle Marie, la clef est enlevée. Vous êtes enfermée dans le pavillon.
MARIE
Pardon , monseigneur ! c'est vous qui êtes enfermé dans le jardin. Vous ne pouvez pas entrer dans le pavillon , mais moi j'en puis sortir [elle lui montre une clef) , comme vous allez le voir. {Elle se retire du balcon.)
RICHELIEU, seul.
Soit innocence, soit science supérieure, je dois avouer qu'elle me taille en pièces.
MARIE, ouvrant la porte et saluant.
Monseigneur !
RICHELIEU
Mademoiselle Marie !
MARIE
Et maintenant, monseigneur , j'espère que vous allez me dire ce qui vous amène a TErmitage. Ce n'est pas trop votre place, entre nous.
RICHELIEU, à part.
Elle est trop éveillée, c'est elle qui va au bal. [Haut.) Mademoiselle Marie, je viens de la part de monsieur votre oncle , vous allez savoir pourquoi; mais de giàce, ma jolie enfant, apprenezmoi d'abord comment vous me connaissez.
Par un portrait de vous fort ressemblant, à ce que je vois.
RICHELIEU
Un portrait de moi?
MARIE
Que j'ai vu chez madame la chanoinesse.
RICHELIEU-
whez madame la chanoinesse?
MARIE
Un jour que je furetais dans son garde-meuble.
RICHELIED.
Dans son garde-meuble ! c'est fâcheux.
MARIE
Je découvris ce portrait , oublié , me dit-elle, par les anciens propriétaires; votre nom était au bas, monseigneur; madame la chanoinesse en prit occasion de me faire de la morale... C'est que, voyez-vous, monseigneur, madame la chanoinesse a une
méthode d'éducation a elle.
RICHELIEU
Il y paraît...
MARIE
A ce que dit madame la chanoinesse, monseigneur, il ne faut pas cacher aux jeunes filles qui doivent vivre dans le monde les dangers qu'on y rencontre , mais bien xjluiôl les leur montrer , parce que l'ignorance trop grande n'est qu une chance de péché de plus. Pardon, monseigneur, je bavarde, je vous ennuie peutêtre!
RICHELIEU
Du tout . mademoiselle, continuez; vous me mystifiez, mais vous ne m'ennuyez pas.
5IARIE.
C'est que , voyez-vous , monseigneur, après que madame la chanoinesse m'eut parlé longtemps de vous, je lui dis : Eh bien! si je le rencontre jamais, moi» ce duc de Richelieu, qui se moque de toutes les femmes, je me moquerai de lui, et c'est ce que je
fais, monseigneur.
RICHELIEU
A merveille, mon enfant... Ainsi, madame la chanoinesse vous parla longtemps de moi ?
MARIE
De vous , monseigneur , et de tous ceux qui trompent les femmes, en leur faisant croire qu'ils les aiment , et elle m'enseigna aussi le secret de n'être pas trompée; voilà pourquoi vous me voyez si tranquille avec vous.
RICHELIEU
El ce secret?...
MARIE
C'est de ne pas vous rroire et de ne pas vous craindre.
RICHELIEU
Vous êtes ravissante, mon enfant.