‹ ThéâtreChapitre 241 sur 462 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

RICHELIEU, sur le perron, RENÉ, CHATEAU.

RICHELIEU, grave.

Monsieur Château? Souffrez, monsieur, que je trouve singulière la visite furtive dont vous m'honorez ! (// descend V escalier, prend le milieu du théâtre, les laquais restent sur les marches, Remy descend et reste au fond.)

CHATEAU

Daignez m' excuser, monsieur le maréchal...

RICHELIEU

Je désire être chez moi, monsieur, quand il me plaît.

CHATEAU, il remonte pour sortir à gauche. Je me retire, monseigneur... Courons les avertir,.. RENÉ, remonte et arrête Château du geste. Au nom du ciel, monseigneur, retenez-le... il me parlait de deux personnes, de deux femmes, qui attendent là, dehors... Ne permettez pas qu'il aille leur jeter l'effroi , le désespoir dans l'âme...

Des femmes? je comprends... [Jux quatre laquais,) Descendez, vous autres, et placez vous là. {Il les met au fond du théâtre. A Rémy.) Va, Rémy, ferme la grille, ne laisse entrer personne sous aucun prétexte, ou je te chasse. [Rémy s'éloigne à gauche.) Quant à vous, monsieur Château, vous allez nous servir de éraoin...

CHATEAL".

Moi, qui avais juré d'empêcher ce duel! Non, monseigneur, ne l'exigez pas ! je n'aurais pas ce courage.

RICHELIEU, aux valets .

Eclairez-nous ! {Les valets descendent de quelques pas.) Mieux on y verra et plus ce sera vite fini !

CHATEAU

Vite fini î

RICHELIEU, regardant à gauche.

Ah! voila la grille fermée; nous sommes sûrs maintenant de n'être pas dérangés... Quand le roi lui-même frapperait a ma porte, il attendrait, pardieu, que la chose tut faite... iMonsieur René, ôtez votre habit, s'il vous gêne; j'ai coutume de garder le mien. {Il se met en placer ôte son chapeau et le jette à terre.) J'ai l'honneur de vous saluer, monsieur. RENÉ, Vimitant.

Monseigneur, je vous remercie de la faveur que vous me faites.

CHATEAU, à part.

Il le remercie !

RICHELIEU, à René.

. Etes-vous prêt, monsieur?

RENÉ

Je suis prêt, monseigneur.

CHATEAU , au milieu, s'approchant de René. Monsieur René, c'est votre bienfaiteur.

RICHELIEU

Silence, monsieur Château ; vous ignorez-même de quoi il s'agit... c'est moi qui suit l'offensé.

CHATEAU

Monseigneur, c'est un enfant I

RICHELIEU

Quand on reconnaît un bienfait par un outrageant démenti, on n'est plus un enfant, on est un homme, car on est un ingrat.

RENÉ

Promettez-moi donc, monseigneur, que vous allez me traiter en homme !

RICHELIEU

Monsieur, je ne touche pas une épée pour lui faire affront ; ne craignez pas d'injurieux ménagements ; vous êtes à cette heure mon ennemi, votre vie ne m'est plus rien, mais votre honneur m'est toujours sacré... soyez tranquille.

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