‹ ThéâtreChapitre 376 sur 462 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

Si je l'aime !.. et comment ne Taimerais-je pas ... de quoi estil coupable?.. Oui, j'ai commis un crime, j'ai trompé ce généreux Morandal, le protecteur que la Providence m'a envoyé une heure, et repris tout à coup. Mais Marcellin qui m'aimait depuis quatre>n5... Marcellin, qui avait arrosé de son sang la route qui le conduisait à moi: J'étais sa fiancée, le destin m'a volée à lui! Enfin, les combats, la prison, les chagrins avaient épargné cet homme; Dieu lui-même, de sa main toute puissante, l'avait arraché au tombeau, et moi, moi qui Taimnis, je Feusse laissé mourir I... Ahl mon ami, vous l'avez assisté ici, dans cette chambre, sur son lit de douleur; vous avez pansé sa blessure, vous croyez lui avoir sauvé la vie,... eh bien! Marcellin refusait de vivre, Marcellin, malgré vous tous, serait mort, si une nuit qu'il accomplissait ce suicide, je ne fusse arrivée à lui par cette porte secrète, pour lui dire : Je vous ordonne de vivre, vivez! AUBERTiN étonné.

Par cette porte?...

THÉRÈSE

Elle ouvre sur un passage souterrain, qui conduit aux murs du parc... Taudis que le blesse dépérissait de jour en jour, tandis que stupéfait de voir vos soins stériles, vos remèdes infructueux, vous commenciez à perdre courage, j'avais deviné, moi, au sourire sombre de Marcellin, sa funeste résolution... Je me cachai là, une nuit derrière cette porte, et quand vous fûtes parti, je le vis, se soulevant avec effort, aller jeter dans les cendres le breuvage que vous aviez composé avec tant de peine, et sur lequel vous comptiez pour le guérir'.. Docteur, la clé de cette porte, nous l'avions miraculeusement trouvée, Benjamine et moi, dans ce médaillon de notre père, que nous a rapporté Jacinthe. Cette clé devait sauver la vie d'un homme. Ah! mon ami, j'en suis bien sûre, quand j'ai empêché Marcellin de mourir. Dieu et mon père, complices de mou amour, me souriaient du haut du ciel I

AUBERTIN

Vous m'effrayez, Thérèse; et puisque- vous fer' -z les yeux,

mon devoir est "de vous les ouvrir... Une femme c ime vous ne

Hotte pas lâchement entre deux mensonges... c'e^ ce qui vous arriverait tôt ou tard si vous hésitiez !

TEÉRÈSE.

Hésiter! m en croyez-vous capable?... Quoi! y s me voyez aussi pâle, vous me trouvez désolée et mouraii' et vous ne devinez pas que, cette fois encore, je me sacrifie " na mère; que je ne veux pas qu'elle meure aujourd'hui de ho ite quand je l'ai empêchée, il y a dix-huit mois, de mourir de douleur; vous ne devinez pas, enfin, que c'est moi seule que je iTi^^'pe, que c'est

mon cœur que je déchire, et que j'ai dit à Marcellin un éternel adieu 1

AUBKRTIN.

Vous avez fait cela ?

THÉRèSE.

Pour en avoir le courage, je ne lui ai pas même appris qu'il est père!... il ne connaîtra, il n'embrassera jamais son fils... et, sur cette table oîi vous vous appuyez en ce moment, je lui écrivais hier que tout nous sépare en ce monde, et que nous nous retrouverons dans l'autre!... Vous parlez de devoirs, je connais désormais les miens... quast à monsieur Morandal, il saurait déjà tout si je ne craignais qu'il en instruisît ma mère!... Oh ! la pauvre femme, toucher a son bonheur si calme, si confiant, mais ce serait un sacrilège !... Et puis, n'y aurait-il pas une cruauté bien lâche a faire souffrir d'avance ce noble soldat qui doit tout son courage h la Fiance !... Il n'est pas près de revenir, oh! tant mieux!... il croira plus longtemps à l'honneur de sa femme; et d'ici a ce qu'il revienne, j'espère bien, je vous le dis d'un œil sec, que Dieu aura été assez bon pour appelei à lui ma mère, afin qu'elle ne souffre pas par moi, ou mon enfant, afin que j'aie le droit de quitter ce monde!... Quand une femme de mon âge forme un pareil souhait, docteur, on peut lui pardonner; il faut qu'elle soit bien malheureuse!

AUBERTIN

Je vous pardonne, et je vous plaindrais si vous n'aviez aaprès de vous cet ange qu'on appelle Benjamine I

THÉRÈSE

Ah ! vous avez bien raison ! Dieu n'en a pas à sa droite de plus riants ni de plus purs... et c'est pour moi un remords affreux d'avoir souille cette candeur au contact de mes misères ! Tenez, la voilà qui revient, la chère enfant, ayant tout quitté pour moi, notre mère, Raymond, qu'elle aime et qui le mérite si bien l elle court, allez, elle est inquiète î

AUBERTIN

Raymond serait-il dans votre confidence?

THÉRÈSE

Lui! oh! docteur, s'il se doutait î... oh ! mais je serais perdue! Songez donc qu'il a pour Morandal un respect, un amour, qui vont jusqu'à l'idolâtrie; s'il savait que j'ai trompé son protecteur, il aurait une telle horreur de mon ingratitude, qu'il serait capable de renoncer à Benjamine. Risquer mon repos, ma vie, bien; mais le bonheur de ma sœur, non, non, non I

AUBERTIN

Nous ne risquerons, Thérèse, ni le bonheur de Benjamine, ni celui de Raymond... ni môme le vôtre... J'ai dès à présent i'es^ poir de vous sauyer.., {£ntrQ j^^njamm*)

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