ACTE PREMIER
La scène représente une terrasse devant les appartements privés d'un des grands hôtels de Saint-Moritz. Une bar * rière de bois mobile de trois pieds de hauteur sépare, à gauche, la partie de la terrasse qui se trouve devant l'appartement de M me Duprey du reste de la terrasse. A gauche, au premier plan, Ventrée de Vappartement ; en face et à droite , la balustrade qui ferme la terrasse. Dans le fond, on aperçoit un panorama de montagnes, bois et pâturages, et au-dessus les neiges éternelles. H fait beau temps, grand soleil qui, à la fi.n de Vacte, se couchera derrière les montagnes.
(M me Duprey esl assise dans un fauteuil devant une petite table. C’est une vieille et belle dame à cheveux blancs qui a su vieillir avec simplicité. Elle porte de grosses lunettes d’écaille. Elle tricote. Il est trois heures. Un instant après le lever du rideau, une autre dame, M mc Servières, entre par la porte de l’appartement. Elle a passé la cinquantaine; elle est vêtue de noir, avec élégance.)
M me DUPREY, levant les yeux. — Ah ! c’est toi, Marie... As-tu un peu dormi? T’es-tu reposée?
M me SERVIÈRES, venant s’asseoir près de sa
sœur. — Je n'ai pas dormi. Ii faut s'habituer à l’altitude. Mais l’air est si pur et si vif ici que de l’avoir respiré quelques heures seulement, je ne me ressens plus des fatigues du voyage.
M me DUPREY. — Tu es restée très jeune.
Marie.
M me SERVIÈRES. — Jusqu’à présent, je n’ai pas à me plaindre.
M me DUPREY. — Comment as-tu trouvé Robert?
M me SERVIÈRES. — Splendide. Il ne porte pas son âge. Qui dirait à le voir qu’il a quarante et un ans? En voilà un que la montagne a sauvé.
M me DUPREY . — Comme il y a pris goût !
C’est curieux, quand on pense qu’il y a été amené dans de si tristes circonstances, comme prisonnier malade évacué d’Allemagne. Maintenant il m’y ramène tous les ans trois semaines en été. Moi, je t’avoue que je préférerais rester chez moi. Mais quoi, il s’amuse ici et, comme il a la gentillesse de me demander de l’accompagner, je le suis. Pourtant je n’aime pas cette vie d’hôtel. On ne sait qui on y rencontre. Je suis trop vieille pour me faire à toutes ces figures nouvelles.
M me SERVIÈRES. — Tu as toujours été un peu effrayée par ce que tu ne connais pas.
M me DUPREY. — Que veux-tu, Marie, je suis faite ainsi. Toi, tu as voyagé. Tu as suivi ton mari dans ses postes à l’étranger. Je n’ai guère quitté mon foyer ; je ne connais de la vie que celle qu’ont menée mes parents, celle que j’ai menée moi-même dans des horizons familiers.
Alors je suis un peu dépaysée ici.
M me SERVIÈRES. — Est-ce pour cela que tu m’as écrit de venir auprès de toi?
M me DUPREY. — Oh ! non, je ne t’aurais pas dérangée pour si peu. J’avais bien envie de te voir, mais il y a autre chose, Marie.
M me SERVI ÈRES. — Je le pensais bien. Eh bien, maintenant que nous sommes seules, raconte-moi tes grands soucis.
M me DUPREY. — Ne commence pas par te moquer de moi. Tu verras, c’est sérieux... Nous allons causer un peu. Nous avons le temps, Robert est sorti pour T après-midi.
SERVIÈRES. — Tiens, c’est vrai. Où
est-il, mon neveu?
M me DUPREY. — Il a été avec des amis, hum 1 des amis? enfin, je t’expliquerai, jusqu’à un village voisin, Sils Maria, voir la maison où a vécu Nietzsche. ( Levant les yeux sur sa sœur.) Tu l’as lu, toi, ce Nietzsche?
M me SERVIÈRES. — J'en ai lu un livre ou deux. C’est difficile.
M me DUPREY . — Je n’en ai pas lu une ligne, et à mon âge je ne m’y mettrai pas. C’est une toquade de Robert. Il n’en sortira rien de bon, de cet Allemand, selon moi... Enfin, passons, ce n’est pas de cela qu’il s’agit.,, Je vais te dire ce qui en est, Marie, Eh bien ! j’ai peur que Robert ne soit amoureux.
M me SERVIÈRES , riant. — Mais, sapristi, ce n’est pas la première fois que cela lui arrive à mon neveu. Tu devrais en avoir pris l’habitude.
M me DUPREY. — Attends un peu, Marie.
Parbleu, je sais bien comment a vécu mon fils.
M me DUPREY. — On ne sait d'où elle vient, d’Amérique, je crois, en dernier Heu, bien qu’elle soit née en France. Enfin, c’est ce qu’on appelle une cosmopolite. Tu sais, dans des endroits comme ici, on ne demande aux gens, ni qui ils sont, ni d’où ils viennent, ni même leur nom. Il suffit qu’ils soient agréables. Il n’en faut pas plus pour qu’on les adopte, et, pour mettre les choses sur un pied de simplicité, on leur donne un surnom. Pour cette jeune fille, c’est Perdita. Me vois-tu la belle-mère d’une fille que vingt personnes appellent Perdita?
M me SERVIÈRES. — C’ est shakespearien.
Et avec qui est-elle ici?
M m e DU PRE Y. — Avec un jeune ménage anglais, très bien, du reste. Mais elle sort seule, naturellement. Dans ces stations d’été, on a une liberté inimaginable. On se promène, à pied ou en voiture, avec un ami, on va danser e soir sans chaperon. On rentre par couples, bras dessus bras dessous.-
M me SERVIÈRES. — Je sais, je sais. J’ai habité des pays où cela se pratique couramment.
M me DUPREY. — Et tu trouves cela bien?
M me SERVIÈRES , haussant un peu les épaules . — Cela ne me terrifie pas.
M me DUPREY. — Enfin, cette Perdita a une audace de langage extraordinaire. Elle parle de toutes choses comme beaucoup de jeunes femmes n’en parleraient pas.
M me SERVIÈRES. — Gela ne veut peut-être rien dire, ma chère Marguerite. Ce ne sont pas toujours les jeunes filles qui parlent librement
dont la conduite laisse !e plus à désirer. Peutêtre, au contraire, les saintes nitouches sontelles plus dangereuses.
M me DUPREY. — Marie, tu essaies de me tranquilliser. Mais attends un peu ; tu la verras et tu comprendras bien qu elle n’a rien de ce qu’il faut pour assurer un bonheur durable à Robert. Qu’il s’amuse avec elle, c’est bien, mais autre chose !... Et puis il y a la question de l’âge. Elle n’a pas vingt ans, cette fille.
M me SERVIÈRES. — Tu m’accuseras de parti pris, mais cela non plus n’a rien pour me déplaire. Pourquoi Robert n’épouserait-il pas une jeune fille? Du reste, as-tu lieu de croire qu’il songe au mariage?
M me DUPREY . — Je n’en sais rien ; il ne quitte pas cette Perdita. Mais j’aimerais mieux qu’elle ne se fût pas trouvée sur le chemin de mon fils. Je ne suis pas pour les mariages internationaux. On a déjà assez de peine à s’entendre avec une femme de son pays, de sa race et de sa classe, sans aller chercher à compliquer les choses. Mais, enfin, peut-être ai-je tort? Il y a des moments, où, malgré mes préventions, elle trouve moyen de me plaire tout de même. Seulement j’ai peur de me tromper et la chose est si sérieuse que je t’ai fait venir pour avoir ton opinion. Tu vas la voir. Cause avec elle ; étudie-la et tu me diras franchement ce que tu en penses.
M me SERVIÈRES. — La rencontrerai-je aujourd’hui?
M me DUPREY. — Mais naturellement. Tiens.
je parie qu’elle est avec Robert — seule, cela va sans dire — à Sils Maria. Elle doit avoir lu Nietzsche elle aussi. Que n’a-t-elle pas lu? Peutêtre reviendront-ils avant que nous allions prendre le thé chez les Leroy au Cari ton. Sinon, tu la verras ce soir danser avec Robert, ici même.
M me SERVIÈRES. — En somme, je découvre que mon neveu mène une vie fort agréable à Saint-Moritz.
M me DU PRE Y. — 11 ne veut voir que des jeunes gens et des jeunes filles. Il fuit comme la peste les conversations sérieuses avec les gens de son âge. Quel changement en lui, Marie, depuis la guerre ! Avant, il s’intéressait à sa carrière, il travaillait, il était fort bien noté. Depuis, il semble détaché de tout ce qui a été sa vie antérieure. Tiens, j’avais oublié de te le dire, il a reçu avant-hier une lettre du ministère. On lui offre un poste excellent, premier secrétaire de l’ambassade à Londres, s’il veut reprendre du service. Nous avons eu une longue conversation à ce sujet. Mais je n'ai pu changer sa décision. Il refuse tout net et tu sais comment il est, on a peu de prise sur lui. Il m’a répondu en plaisantant qu'il n’avait plus la vanité de se croire indispensable, qu’un autre remplirait aussi bien que lui ce poste et en tirerait une grande satisfaction et qu’il était résolu à vivre librement, puisqu'il en a les moyens, la seconde partie de sa vie.
M me SERVIÈRES. — C’est un programme qui se défend.
M me DUPREY. — Il semble qu’aujourd’hui
à ses yeux rien ne vaille, sauf le moment présent. Il a une espèce de scepticisme qui me gêne ; il veut être indifférent à tout ce qui a du prix pour nous.
M me SERVIÈRES. — Mais, Marguerite, pourquoi te faire des soucis de rien ! Ne connais-tu pas Robert, comme je le connais moi-même?
Ne sais-tu pas que, malgré les airs qu’il se donne, malgré son détachement joué, son cœur est resté tendre comme autrefois? Mais il ne veut pas se montrer tel qu’il est. Gela ne me déplaît pas... Tiens, veux-tu faire une expérience?
Essaie de lui parler de sa fille perdue, et tu verras si ton Robert affecte l'indifférence.
M me DUPREY. — Ah, non, non, c'est un sujet défendu.
M me SERVIÈRES. — Tu vois bien que ton fils n’a pas changé et qu’il n’est pas détaché de tout puisqu’il est sensible comme au premier jour à un drame — c’en était un ! — qui s’est passé il y a si longtemps. Car il y a bien quinze ans que cette petite a disparu, et elle était presque un bébé encore. Avait-elle quatre ans seulement?
M me DUPREY, interrompant . —-Oui, elle venait d’avoir quatre ans.
M me SERVIÈRES , continuant. — Eh bien I depuis qu’il l'a perdue, elle vit toujours en lui.
M me DUPREY. — Comment la mère a-t-elle eu le courage de l’enlever à son père? C’était une vilaine femme, une aventurière. Et cette petite, qu’est-elle devenue? Elle aurait dix-neuf ans. J’y pense aussi bien souvent, et je la regrette.
M me SERVIÈRES . — Elle était charmante, vraiment. Te rappelles-tu quand nous allions la voir, en nous cachant, aux Champs-Élysées où elle jouait avec sa bonne? Elle avait de grands yeux pervenche, si sérieux, si profonds déjà et de beaux cheveux blonds bouclés. Quelle fraîcheur ! Quand même tu ne voulais pas en convenir, tu l’aimais de tout ton cœur.
M me DUPREY. — Oui, Marie, c’est vrai.Que veux-tu? l’enfant de Robert !
A/ me SERVIÈRES. — C’est là, aux Champs- Élysées, qu’il a fait la seule photographie qu’il ait d’elle, près de la voiture aux chèvres. C’est tout ce qui reste du Robert d’autrefois, la photographie d’une petite fille qu’il a aimée et perdue.
(On entend un bruit de voix sur la terrasse , à gauche.)
Entrent par la terrasse Robert et Perdila. Il est grand, robuste , rasé , il porte un complet de couleur claire avec culotte, bas et grosses bottines. Elle est de taille moyenne, mince , souple , la démarche assurée. Ses cheveux sont châtains avec des reflets dorés. Elle porte une jupe courte et un.golf de couleur vive.
M me SERVIÈRES , les regardant , tandis qu’ils arrivent du fond de la terrasse , à gauche. — Ah ! le beau couple ! Comme ils ont l’air heureux !
ROBERT. —- Vous êtes encore là ! Tant mieux. Tante Marie, je te présente ce qu’il y a de mieux à Saint-Moritz, mon amie Perrîita,
M me SERVIÈRES , se levant et allant à
Perdiia. — Mademoiselle, je suis ici depuis bien peu de temps, mais je vous connais déjà.
PERDIT A, elle a une voix harmonieusement modulée avec, par moment , un accent grave ei prenant. — Je vous connais aussi, madame ; Robert (En entendant appeler son fils , Robert, M me Duprey a un sursaut.) m’a souvent parlé de vous. (A M me Duprey.) Bonjour, madame, est-ce que votre tricot avance?
M me DUPREY, la saluant, mais sans se lever.
— Mais oui, mademoiselle, comme vous voyez, j’y travaille sans cesse. .
PERDITA, à Robert. — Vous dites que je peux faire tout ce que je veux. Eh bien, je serais incapable de tricoter. (. A M me Duprey.) Peutêtre qu’un jour où il pleuvra et où il fera triste, vous voudrez bien m’apprendre?
M me DUPREY. •— Ce n’est pas de votre âge, mademoiselle. Ouand vous serez une vieille dame comme moi, il sera temps d’y penser.
M me SERVIÈRES. — Est-ce que vous avez fait une belle promenade?
PERDITA. — Magnifique. Nous avons été à Sils Maria voir la maison de Nietzsche. C’est une espèce de pèlerinage. Il a vécu là, très pauvre, les derniers étés de sa vie. C’est nu, c’est misérable, et c’est très émouvant.
M me SERVIÈRES. — Comme vous parlez bien français, mademoiselle ! Vous n’avez pas l’ombre d’accent.
PERDITA. — Mais je suis née en France ; ma mère et mon père étaient Français. Ils sont morts tous deux.
SERVI ÈRES. — Eh bien, je suis enchantée, mademoiselle, que vous soyez notre compatriote.
Af me DU PRE Y. — Et vous voyagez toujours ainsi, un jour à Saint-Moritz, le lendemain ailleurs?
PERDIT A, — Mais oui. Comment peut-on se fixer quelque part quand le monde est si grand? J'en ai déjà fait le tour et je ne le connais pas. Aussi pour l’instant, je me laisse vivre un peu
il ‘ Tl.
au hasard. C’est assez agréable. Je ne sais pas ce que sera demain, et je n’ai pas de projets.
. M me SERVIÈRES. — Aux voyages près, c’est exactement l’état d’esprit de la jeune fille française avant qu’elle se marie : elle ne sait rien, elle n’a pas de projets. Elle attend que son mari sache et projette pour elle.
PERDITA, riant. — Seulement, moi, je ne pense pas à me marier.
M me SERVIÈRES. — On ne pense pas à se marier, et puis un beau jour on se réveille mariée, tout de même.
PERDITA. — Je prie les dieux de détourner de moi cette calamité... Le mariage I Quand on y est forcé, je comprends. Mais je suis libre ; je suis jeune; j’ai de quoi vivre à ma guise. Pourquoi irais-je me mettre en prison?
M mQ DUPREY. — Voyons, mademoiselle, comment êtes-vous arrivée à penser ainsi?
PERDITA, de bonne humeur . — Je vous scandalise et pourtant je n’en ai nulle intention. Mais sur ce point qui est si sérieux, je n’ai eu qu’à regarder autour de moi pour me faire une
opinion. Où ai-je vu des mariages heureux?
Nulle part. Ma mère? mariée trois fois , ce qui prouve qu’aucun de ces mariages n’était un succès. Mon dernier beau-père était de beaucoup ïe meilleur de tous. Quand il est devenu veuf, il m’a gardée près de lui. Imaginez-vous qu’il avait la manie du mariage. Lorsque j’ai, eu atteint dix-huit ans, il s’est mis en tête de m’épouser à mon tour. Je lui ai ri au nez. Six mois, après, il est mort, pas de mon refus, mais de la goutte et il m’a laissé sa fortune. Au fond, c’était un homme très gentil ; mais dans le mariage, disputes constantes.
M me SERVI ÈRES. — On ne peut tout de même pas vivre seule?
PERDIT A. — J’espère bien que non. Mais je pense que la seule idée d’un lien légal entre deux êtres, du reste bons, finit par en faire des gens enragés.
M me SERVIÈRES. — Allons, mademoiselle, vous êtes très jeune. Vous avez le temps de changer d’idées.
PERDITA , souriant — Vous croyez que je finirai mal ?
M me SERVIÈRES . — Je vous le souhaite.
PERDIT A, allant à Robert qui s'est assis au second plan dans un grand fauteuil d'osier . — Eh bien, vous ne venez pas à mon secours?
ROBERT. —• Vous êtes de taille à vous défendre.
{Ils continuent à causer au second plan.)
M me DU PRE Y, s'approchant de sa sœur. —
Eh bien, Marie, tu as entendu? Elle l’appelle Robert. Quelle familiarité !
M™ SERVI ÈRE S. — Tant mieux. Je la trouve charmante. Elle m’a plu tout de suite. Il y a en elle quelque chose de sain, de franc, qui attire. Et puis, comme elle est jolie !
M me DUPREY. — Allons bon, voilà qu’elle a fait ta conquête 1 ( Regardant sa montre.) Presque cinq heures, il nous faut partir. (De sa place à Robert et à Perdila.) Restez-vous ici?
ROBERT. — Mais oui, nous allons goûter aussi. Vous voulez bien, Perdita?
PERDIT A. — Avec plaisir. J : ai faim.
M me DUPREY. — Alors, nous vous retrouverons peut-être. A tout à l’heure.
(Elle sorl à gauche par Ventrée de Vappariement.)
M me SERVIÈRES, allant à Perdila. — Au revoir, mademoiselle. Vous me plaisez beaucoup. J’espère que nous nous reverrons souvent.
PERDITA. — Oh ! nous ne nous quittons guère, Robert et moi. .
Mme SERVIÈRES . — Tant mieux. À bientôt, mademoiselle.
(Elle suit sa sœur.)
PERDITA. — Elle est aimable, votre tante.
ROBERT. — Je l’aime beaucoup.
(Il se lève el va sonner pour le thé.)
PERDITA. — Votre mère est très bien aussi, mais je sens que je lui fais un peu peur.
ROBERT, gaiement. — C’est tout naturel.
Vous venez on ne sait d’où. Et vous avez un si joli surnom, Perdita, que personne ne pense à demander votre nom. Vous êtes ce qu’on appelle très intelligente; vous avez, si jeune, tout lu. Et vous avez vos idées, oh, vos idées bien à vous, sur les choses! si nettes, si courageuses, c’est charmant. Mais croyez-vous qu’il n’y ait pas là de quoi inquiéter une brave bourgeoise comme ma mère?
PERDITA. — Et peut-être aussi le fils de votre mère.
ROBERT. — C’est un peu plus difficile. Le fils de ma mère, comme vous dites, n’aime pas beaucoup s’arrêter aux apparences. Il aime aller un peu plus loin.
PERDITA. — Et que découvre-t-il plus loin?
ROBERT. — Il vous le dira un jour ou l’autre, et peut-être plus tôt que vous ne le voudrez. Et puis, il y a une raison encore pour que ma mère s’alarme à votre sujet.
PERDITA. — Laquelle?
ROBERT. — Ne voit-elle pas que vous essayer de lui enlever son fils?
PERDITA. — La belle invention que vous avez là !
ROBERT , — Invention est rite dit. Elle a des yeux qui vous voient toujours près de moi. Sans doute je m’attache à vos pas, comme on dit en style noble. Tout de même, vous ne me fuyez pas. Vous ne voudriez pas qu’elle considérât son fils autrement que comme irrésistible. Alors elle craint les suites nécessaires de ce double attachement.
PERDIT A, — On ne sait jamais si vous plaisantez.
ROBERT. — Ce doute donne de l'agrément à la conversation. Avouez-le... {Enire un garçon. A Perdila.) Du thé?... Ou un cocktail peut-être? ïl faisait froid sur la route au retour.
PERDITA. — Un cocktail ! Vous voulez me griser. Qu'entendez-vous faire de moi?
ROBERT. — .Vous le verrez bientôt ! (Au garçon.) Deux manhattan, et quelques sandwiches au jambon.
(Sort le garçon.)
PERDITA , s'asseyant dans un fauteuil près de celui de Robert. — Savez-vous qu’il m’a fallu tout le trajet en voiture, de Sils Maria ici, pour comprendre ce qu’il y a d’étonnant dans ce que nous avons vu? Dans ce pays où tout est lumière, espace, rayonnement, Nietzsche est venu se blottir dans une chambre étroite, basse, mal éclairée et à deux pas de laquelle une paroi de rochers ferme l’horizon. Pouvez-vous m’expliquer cela, vous qui comprenez tant de choses?
ROBERT. — J’aimerais mieux écouter votre explication.
PERDITA. — Pour vous moquer de moi encore une fois... Enfin, ça m’est égal et je vous dirai tout de même ce que je pense. Un homme comme Nietzsche n’a pas besoin d’un décor extérieur pour s’émouvoir. ( l’est en luimême qu’il regarde ; c’est en lui qu’il trouve les sommets d’où l’on a le vertige et les gouffres qui vous attirent. Tandis que nous, pauvres gens, pour avoir la même sensation, nous
sommes obligés d’aller jusqu’au bord d’un précipice et de nous pencher sur l’abîme.
ROBERT , un peu gouailleur . — Pas mal } pas mal, en vérité..
PERDIT A. —- Voilà que ça commence.
Vous êtes insupportable.
ROBERT. — Mais non. D’abord, j’aime tout ce que vous dites, les choses sérieuses et les autres aussi, dont vous n’êtes pas ménagère.
La raison en est bien simple. J’aime votre voix. Tout ce qu’elle dit me touche, indépendamment du sens des mots.
PERDIT A. — Je ne sais si je dois prendre cela pour un compliment ou pour une impertinence.
ROBERT. — Àcceptez-îe en toute simplicité, comme je le dis. Mais votre idée me plaît, décidément. Peut-on vous demander si au cours de ce long voyage autour du monde vous vous- êtes trouvée au bord d’un précipice? Vous êtes-vous penchée sur l’abîme?
PERDIT A. — A dire vrai, non. Pourtant il doit y avoir quelque chose de délicieux lorsqu’on sent qu’on perd la tête et qu’on va cesser de s’appartenir. Gela a dû vous arriver.
ROBERT. — Oh î moi, j’ai vu le monde aussi et j’ai employé à m’instruire un grand nombre d’années. Alors j’ai été, en effet, quelquefois, quand j’étais très jeune, au bord de précipices, oh ! des petits précipices de rien du tout où je me laissais aller sans vertige avec la certitude de tomber en toute sécurité et de ne me rien casser dans ma chute.
PERDIT A. — Aucun risque. C’est très médiocre.
ROBERT. — En effet.
PERDÎTA. — Il me semble que là où il y a un risque, tout devient beau et noble par cela même, et plus le risque est grand, plus l’action est belle.
ROBERT. — La vie dangereuse.
PERDITA. — Elle a quelque chose d’attirant.
Comment peut-on penser Loujours à sa sûreté sans devenir quelqu’un de très médiocre 1
ROBERT. — Mais faut-il encore voir le danger pour que cela ait un sens. Avez-vous des yeux qui sachent le discerner, Perdita?
PERDITA. — Il me semble que oui !
(Entre le garçon qui coupe la conversation. Il pose un plateau avec les cocktails et les sand wiches sur la table, près de Perdita , puis il sort.)
ROBERT , se levant et tendant un verre à Perdila. — Et maintenant, grisons-nous !
(Elle trempe ses lèvres dans le verre.)
PERDITA. — Il y a une chose qui m’étonne en vous. Vous êtes encore jeune...
ROBERT, Vinterrompant. — Encore, n’est pas aimable.
PERDITA. — Et vous ne faites rien? Vous n’avez pas d’occupation?
ROBERT. — Je vis ; trouvez-vous que ce n’est rien? Cela me paraît une entreprise formidable si on veut la mener à bien.
PERDITA. — Enfin, vous n’avez ni profession ni carrière?
ROBERT. — Je vous demande pardon. J’ai cessé tout récemment d’être une des étoiles de troisième ordre du ministère des Affaires Étrangères.
PERDITA . — Et vous vivez maintenant dans l’oisiveté. Cela est surprenant. Je viens des États- Unis où j’ai passé ces six dernières années. Làbas, tout le monde travaille, et les riches avec plus de fièvre encore que les autres, car, ayant de l’argent, ils ne pensent qu’à en avoir davantage. Je n’aime pas ces gens-là ; j’ai compris que s’ils travaillaient, c’est qu’ils ne peuvent vivre autrement, car, oisifs, ils périraient d’ennui ; ils ne se suffisent pas à eux-mêmes. Ils font du travail une chose sacrée et ils oublient que c’était un châtiment.
ROBERT . — Un châtiment?
PERDITA. — Mais oui, le châtiment de la première faute. « Tu gagneras ton pain, à la sueur de ton front. » Eh bien, il me plaît beaucoup de voir que vous avez le courage de votre oisiveté. Il faut être fort pour ne pas travailler.
ROBERT. — Je n’ai pas toujours été aussi bien que je suis maintenant. Il m’a fallu beaucoup de temps pour devenir un homme libre.
Quand j’étais jeune, j’ai partagé la folie de vos Américains. J’ai travaillé comme ils faisaient travailler les nègres. Votre chance a été de me rencontrer au moment ou je suis à mon point de perfection.
PERDITA. — Je ne sais pourquoi l’ironie
un peu agaçante que vous employez ne me déplaît pas.
(Elle enlève son chapeau.) .
ROBERT. — C’est une façon de se défendre.
PERDIT A. — Vous ne direz tout de même pas que c’est moi qui vous attaque?
ROBERT. — Mais certainement. N’êtes-vous pas un miracle de coquetterie? Ne mettez-vous pas à vous arranger un art exquis? Le moindre de vos gestes est calculé pour me séduire. Tenez, vous savez que je vous préfère mille fois sans chapeau, car j’aime votre front étroit et volontaire et vos cheveux • qui ondulent librement. Eh bien, à la minute même, vous venez d’enlever votre chapeau.
PERDIT A. — Vous êtes absurde.
ROBERT. — Vous voulez me plaire, c’est l’évidence même, et vous y réussissez merveilleusement. Je tâche à vous plaire aussi, mais je ne réussis peut-être qu’à vous amuser. Du reste, les moyens que j’emploie sont bien éloignes des vôtres.
PERDIT A. — Je serais curieuse de vous entendre me les expliquer. Je me perds un peu dans le jeu que vous jouez.
ROBERT. — Voilà, c’est à la fois très simple et très difficile. Je m’efforce d’être moi-même, de ne représenter aucun personnage, de ne rien dire de plus que ce que je sens, de rester même un peu au-dessous, par une peur horrible que j’ai de l’emphase ; je ne cherche pas à paraître ceci ou cela, je veux que ce soit moi, moi tout
seul qui vous attire et vous gagne. Etre vrai et sincère, vous n’imaginez pas combien la tâche est malaisée.
PERDIT A. — Je n'aurais pas cru que cela vous coûtât tant d’efforts.
ROBERT. — Puisque j’ai un accès de sincérité, écoutez jusqu’au bout. Il y a une politique dans tout cela, un calcul raffiné. Un instinct profond me dit que c’est en agissant ainsi que j’ai le plus de chances de vous toucher. Je vous connais déjà mieux que vous ne le pensez. Perdita. Il y a des femmes qui désirent être trompées, qui veulent la belle musique des paroles mensongères qui leur ont servi de toute éternité à se donner une excuse pour céder à leurs désirs ou à leurs passions. Vous n’êtes pas de celles-là. Vous détestez la feinte, la ruse et l’exagération. Aussi je vous joue, Perdita, l’air que vous aimez le mieux. Vous voyez que je puis combiner un plan pour m’assurer la victoire... Enfin, je vous avoue aussi que cet air-là qui vous touche est le seul que je sache et qui me plaise,
PERDITA , plus émue qu'elle ne veut le laisser paraître. —— Serait-il vrai? ( Elle rêve un instant.) J’aime ce que vous avez dit de la sincérité. Je ne mets rien au-dessus.
ROBERT. — C’est un préjugé. C’est-peut-être tout simplement par peur des complications que je suis sincère. Rien ne me paraît plus difficile que de mentir avec suite. S’il n’était pas si ardu à soutenir, le mensonge aurait de grandes beautés.
PERDITA . très simplement. — Je n’aime pas
vous entendre parler ainsi. Je voudrais qu’avec moi. vous fussiez toujours sincère.
ROBERT. — Je ne puis refuser une demande faite sur ce ton. Alors, vous voulez une grande sincérité entre nous, — c’est la condition de notre entente. Il faudra tout dire, ne rien cacher? C’est beaucoup exiger. Est-ce bien sage?
PERDIT A. — C’est pourtant cela que je désire.
ROBERT. — Il y a un proverbe anglais qui est ainsi : « Ne me pose pas de questions, et je ne te dirai pas de mensonges. » Eh bien, déclarons au contraire que, quand vous voudrez savoir quelque chose sur moi, vous me le demanderez. Et je m’engage à répondre selon la vérité. Mais, attention ! c’est la boîte de Pandore que je vous donne là. Il est toujours dangereux de l’ouvrir. Souvenez-vous de ce qu’il en a coûté à Pandore, à Psyché, à la femme de Barbe-Bleue.
PERDIT A :— Cela ne me fait pas peur.
ROBERT . — Et pour le reste, je ne tomberai pas dans le ridicule de vous raconter une vie qui ne vous intéresse pas.
PERDIT A. — Je n’aime pas le mensonge.
ROBERT . — C’est parce que vous êtes jeune
et fière et que vous n'avez rien à cacher. (Un
temps.) Il semble qu’il y ait deux personnes en vous. Vous avez déjà une grande culture ; vous avez un jeu vif de l’esprit, une façon de voir les choses qui est à vous, un caractère formé, et alors vous êtes une femme. Et puis tout à coup, il y a dans vos paroles un accent si jeune,si frais, un mot qui sonne si simplement que je ne sais
plus si ce n’est- pas une petite fille encore que j’ai en face de moi.
PERDÎT A. — J’ai dix-neuf ans.
ROBERT . — Dix-neuf ans ! Que vous êtes jeune ! Dix-neuf ar ! (Il réfléchit un instant , sa figure change d'expression , il se répète à lui-même: Dix-neuf ans î
PERDIT A. — Qu’est-ce qui vous arrête?
ROBERT , revenant à son premier ion gai. — Mais votre âge. On n’a pas dix-neuf ans !
PERDITA. — Que voulez-vous que j’v fasse?
ROBERT. — Notez que je ne vous l’ai pas demandé. Vous me l’avez dit toute seule. En
voilà une confession que je ne ferais pas volontiers.
PERDITA. — En quoi cela m’intéresse-t-il?
Vous croyez que cela veut dire quelque cliose l'âge que l’on a sur son acte de naissance?
ROBERT. — Vous êtes la sagesse même. Cela ne veut rien dire du tout. { Perdiia se lève et va jusqu'à la balustrade au fond de la terrasse. Robert s'allonge sur la chaise longue et la regarde.) Ah ! voici le soleil qui se couche sur les Alpes. Comme tout est paisible. Je suis heureux, Perdita. ( Perdiia reste immobile à contempler le paysageA A chaque jour, presqu’à chaque heure, je me sens plus près de vous. Que vous êtes belle dans la lumière du soleil qui baisse ! Vos cheveux se dorent dans les rayons qui les traversent. Vous voilà presque blonde maintenant.
PERDITA, dans le fond. — J’étais blonde quand j’étais enfant.
ROBERT. — Perdita, ma petite amie, pour-
quoi ne venez-vous pas près de moi? ( Elle ne bouge pas.) Alors, c’est moi qui irai à vous. ( II va à Perdiia. Il passe un bras autour de la taille de la jeune fille. Elle ne montre aucune surprise. Il la ramène doucement près de la chaise longue et la gardant toujours dans ses bras.) Perdit a, je suis au bord du précipice. {Il se penche sur elle.) Ah î quel vertige !... C’est délicieux!
PERDITA. avec un mouvement de pudeur. — Laissez-moi, laissez-moi.
ROBERT. — Je vous aime, oui, tout simplement ; il faut bien finir par vous le dire. Une force inexplicable dès le premier jour m’a attiré à vous et maintenant je ne puis me passer de votre présence. D’où que vous veniez, nous sommes de la même race, Perdita. Tout ce que je m’efforce d’être avec tant de peine, sincère envers moimême et envers les autres, ouvert à la vie, ennemi de l’hypocrisie, tout cela vous l'avez, par quel miracle? réalisé en vous, si jeune, sans effort. Et puis, vous êtes belle, de la seule beauté qui me touche, de celle où le corps n’est que l’expression de l’ame. Petite Perdita que le hasard a amenée sur mon chemin, il ne faut plus vous en aller. Vous resterez près de moi... Vous voyez, je vous parle bien simplement, quelquefois avec des mots trop grands, quelquefois avec des mots trop petits... Mais je vous aime, Perdita. ! l’est une folie, sans doute, vous si jeune et moi déjà au milieu de ma vie. Perdita, répondez-moi, je vous prie... Je suis là près de vous, dans votre odeur... Perdita, Perdita, non, ne dites rien, je vous en supplie.
(Il Vattire à lai. Elle ne résiste pas. Il la baise sur les lèvres.)
PERDIT A, se redressant. — Le vertige !... Je vous aime aussi, Robert, et dès le premier jour.
ROBERT , se levant et tenant les deux mains de Perdila. Sur un ton à la fois tendre et gai. — Alors nous allons faire un beau voyage !
PERDITA. — Un beau voyage qui a un commencement aujourd’hui, et qui aura une fin, je ne sais quand...
ROBERT. — Que dites-vous là?
PERDITA. — La vérité, mon ami. Vous avez vécu. Vous avez aimé d’autres femmes avant de m’avoir trouvée. Vous en rencontrerez d’autres, après m’avoir quittée. Pourrais-je avoir la naïveté de croire que je saurai vous garder pour moi seule? Je l’essaierai pourtant. Mais réussir, réussir, tout est là... Bah î Qu’importe? je suis à vous sans conditions.
ROBERT. — Tant de sagesse en une tête si jeune !
PERDITA. — Tant de folie, voulez-vous dire. Mais la folie me paraît grande et belle. J’étais sur le seuil de la vie, j’entre.
ROBERT. — Vous êtes celle qu’on aime toujours. Notre bonheur sera un défi aux dieux.
PERDITA. — Ne rêvez pas, mon ami. Je suis une petite fille qui a tout lu et ne sait rien, une fille naïve, maladroite, ignorante, mais qui n’a qu’un désir : vous rendre heureux. Il vous faudra de la patience avec moi.
ROBERT. — Et vous devrez en avoir beau-
coup avec moi aussi. Nous nous lançons dans la plus grande entreprise du monde. Vivre à deux n’est pas chose simple. Les débuts sont difficiles. Faites-moi un peu de crédit jusqu’à ce que je vous gagne toute, corps et âme, et qu’il n ! y ait rien en vous qui ne soit heureux par moi. (Il s'arrête et réfléchit.) Mais dites donc, Perdita, vous êtes une jeune fille.
PERDITA, souriant. — Faut-il m’en excuser?
ROBERT. — Une jeune fille î C’est inouï !...
Me croirez-vous? Je n’y avais pas pensé. Suis-je assez stupide? Mais je n’ai pas l’habitude, vous comprenez. Une jeune fille ! Ah ! c’est délicieux ; comment peut-on aimer une femme?... Une jeune fille, un être qui n’a appartenu à personne... Non, je vous demande pardon. Ce n’est pas cela que je voulais dire... Mais, Perdita, une jeune fille...
PERDITA . — Eh bien?
ROBERT, à demi-voix. — Une jeune fille, mais ça s’épouse... Quelle histoire !
PERDITA. — Croyez-vous que ce soit une histoire nécessaire?
ROBERT. — Sans doute, c’est même hors de
discussion.
PERDITA. — Je ne voudrais pas discuter avec vous, et surtout aujourd’hui. Mais je n’en suis pas convaincue. Ne pouvez-vous m’aimer telle que je suis, sans notaire, sans maire, sans curé?...
ROBERT. — Vous ne connaissez pas la vie, Perdita...
PERDIT A, V interrompant. — Plus que vous ne croyez. N’ai-je pas vu les mariages successifs et malheureux de ma mère? N’est-ce pas une leçon suffisante? J’avais à peine douze ans, je me suis juré que je serais très heureuse et que je ne me marierais jamais. Et voyez, je pensais qu’avec vous qui êtes, je le sais, un homme d’esprit vraiment libre, jeréaliserais ce que je m’étais promis.
ROBERT , la prenant dans ses bras. — Vous êtes délicieuse, Perdita, et pure comme le cristal. Je lis en vous, mais la société a ses exigences. Nous ne sommes, ni vous ni moi, des révoltés, mais des gens très simples, très sincères, à la recherche du bonheur. Vous verrez qu’il n’est pas si terrible que cela d’être ma femme.
PERDITA . — Peut-être, mais plus tard, je vous en prie. Soyons heureux sans penser à autre chose. Gaiement.) Il sera toujours temps de mal finir.
ROBERT . — Vous êtes courageuse, Perdita, et je vous en aime davantage.
PERDITA. — Ce que vous me dites me donne déjà raison, mais je vous assure qu’il ne me faut pas beaucoup de courage pour remettre mon bonheur entre vos mains.
ROBERT , avec poids. — Vous me créez aujourd’hui des devoirs plus grands envers vous, et, les ayant pesés, je les accepte. ( Plus légère renient.) Eh bien, soit, puisque vous le voulez, nous débuterons par l’aventure. Je vous enlève. Mais, croyez-moi, nous choisissons ainsi un chemin un peu plus long, le chemin des écoliers, seu-
ment vous savez où il mène? A l’église. I! me semble que ce chemin ne passe pas très loin de nous, — là, au sud, par les lacs italiens qui sont derrière ces montagnes. L’automne qui vient y est admirable. Vous voulez le prendre? Soit.
Quand partons-nous?
PERDIT A. — Nous partirons quand vous voudrez. Nous irons où il vous plaira.
ROBERT. — Le monde est à nous 1
RIDEAU