ACTE I
CONTRAN.
Que dites-vous, Jane?
LA BARONNE, lui jaisissant !a main.
Je dis que si l'amertume de notre séparation pouvait être adoucie, vous l'avez fait, mon ami, par ce généreux dévouement. Je veux que vous sachiez que mon cœur a compris le vôtre. Mon mari est de retour, nous ne devons plus nous voir, mais je garderai pieusement votre souvenir.
CONTRAN, élonné.
Votre mari est de retour?...
LA BARONNE, confiante.
Vous le saviez bien?...
CONTRAN.
Non, je l'ignorais.
LA BARONNE
Vous l'ignoriez?...
CONTRAN.
Oui , Jane !
LA BARONNE, allerrée et montrant la lettre.
Mais alors... cette lettre... elle est donc vraie?...
CONTRAN.
Sans doute.
Vous en aimez une autre?...
CONTRAN.
Je vous l'ai écrit, Jane.
LA BARONNE
Et vous allez l'épouser?
CONTRAN.
Jane,' je ne comprends pas votre étonnement; n'avez- vous pas lu ma lettre?
LA BARONNE
Oui, je l'ai lue... (silence.) Voyons, Contran, répondez-moi, sur votre honneur, comme un honnête homme à une honnête femme... vous ne m'aimez plus?
CONTRAN.
Jane, tant (jue nous avons eu, par le silence de votre mari.
36 LE RETOt'R T)V MARI
un doute sur sa vie, tant que nous avons \>n espérer qu'un divorce pouvait rapprocher l'une de l'autre nos deux âmes séparées... je vous le jure, je n'ai pas vu le bonheur autre part que près de vous, à vos pieds... mais il y a de ces situations contre lesquelles la volonté la plus forme ne peut rien. Le monde, qui nous plaint innocents^ nous eût accusés coupables.
LA UARONNE, I iuUrrompjDt Tiremcol et passant à gaiicbe.
Merci, mon cher Contran, merci de la leçon de morale que VOUS voulez bien me donner; mais ce que vous me dites, je me l'étais déjà dit... puis<iue j'ai accepté, il y a un quart triieure, la proposition que venait me faire mon mari... de reprendre aux yeux du monde, de ce même monde dont vous me parlez, Contran, sa position près de moi. Ce serait donc une répétition, je ne dirai pas douloureuse, mais inutile.
CONTRAN.
Jane!... croyez qu'au fond de mon cœur...
LA BARONNE
C'est bien; laissons ce sujet. (El'e ropassc à droUe ou clle a'jssieil.
Silence.) ^Viusi, Votre mariage est convenu... vous Mes lié?...
CONTRAN.
Non, Jane, j'avais des engagements pris avec une autre personni', et je ne serai véritablement libre (jue rjuand celle à (]ui j'étJlis eni^af-'é m'aura franchement rendu ma parole. (Momcut
de liUnce. Jane if lève, va à la {eui-[re à iliniie et essuie une larme. Goolian reite debout, muet et daos l'alleote. La Bjroii.ie revicul peu à peu près de lai.)
LA liARONNE.
Vous quitterez Paris, Contran?
CONTRAN.
J'ai la certitude d'obtenir le poste de premier secrétaire d'ambassade à Vienne.
LA UAKONNI..
Je ne vous reverrai pas?
CONTRAN.
J'iitleiidriii du moins vos ordres pour ine iiré<enler devant vous.
LA RARONNK.
r.t ji- ne ninriMilriti jamais minlnnie de IMe<iiii'?
GONTRA.N.
Jamai
LA BARONNE, avec un efTorl suprême.
Contran... vous êtes libre.
CONTRAN.
Jane!... (il veotlui prendre la main.)
LA BARONNE, retirant sa main, d un ton hautain.
Oli ! non, épargnez-moi; vous comprenez qu'à partir de cette heure nous devons être complètement séparés... (s'éioignant à droite.) Allez il Vicmie, allez vous marier, allez... Et quand partez- vous?
CONTRAN.
Dans huit ou dix jours. Me sera-t-il permis de venir vous faire mes adieux ?
LA BARONNE, avec une indilTe'rence afTecle'e.
Venez... il ne serait pas convenable que l'on crîit que vous cessez de me voir à cause du retour de mon mari... venez.
CONTRAN.
Je viendrai, madame...
LA BARONNE
Permettez-moi, maintenant, de vous congédier, car j'attends monsieur de Méran, et...
Je me relire, madame.
LA BARONNE
Au revoir!... (Elle va vers la porte de droite et se retourne.) Ah!
raitportez-moi, je vous prie, mon portrait; il est devenu sans prix pour vous, désormais.
CONTRAN.
Je vous obéirai, madame.
LA BARONNE
Merci!... (eUp sort vivement par la droite. Contran reite interdit.)