ACTE II
LA BAROKNE.
Ah ! depuis une heure mon courage est épuisé. ..*Jeme croyais ï'ésiynée!... mais ma résignation s'est évanouie devant l'affreuse certitude qui s'est tout à coup dressée devant moi... insensée que j'étais... j'espérais encore !
GO^TRAN
Par grâce, calmez-vous !
LA BARONNE
Mais vous ne m'avez donc jamais aimée?... Vous n'avez donc jamais compris ce que dans mon isolement j'avais amassé de tendresse au fond de mon cœur, pour la reporter sur vous?... Voyons, Contran, il est impossible que vous ayez oublié en un jour que j'avais mis en vous toute ma vie! (Elle se lùve.) Mais vous me mentiez donc quand, votre main dans la mienne, vous me montriez l'avenir... et le bonheur près de vous?
CONTRAN.
Jane!... que me rappelez-vous?
LA BARONNE
Oh! tout cela est impossible; n'est-ce pas, Contran?... et j'étais folle de douter de vous... Je me suis effrayée à tort... je le vois bien... et votre .hésitation... à accepter de mon mari des offres qui vous engageraient...
GONTRAN
Pardonnez moi, Jane...
LA BARONNE
Oh ! ne vous justifiez pas, mon Contran ! . . . c'était un mauvais rêve, et je comprends tout maintenant... Mon Dieu! c'est vrai, au fait... nous autres femmes... souvent... nous sommes coquettes... et... pourtant nous aimons... Cette jeune fille est belle!... j'étais loin de vous... vpus avez cru l'aimer... mais... en me revoyant là... près de vous.^
GONTRAN
Jane, ne parlez pas ainsi... ces souvenirs m'accablent... je serais indigne d'avoir été aimé de vous si je laissais votre cœur s'égarer dans des espérances qu'il me faudrait briser plus tard.
LA BARONNE
Que dites- vous?
68 LE RETOIU Dl MARI
GONÏUAN.
Le ciel m'est témoin, madame, que je vous donnerais ma vie si vous me la demandiez... mais vous me mépriseriez si je vous trompais...
LA BARONISE, lui rienant loul à coup les deux mains.
Contran... voyons... regardez-moi bien en face... vos yeux
dans les miens... (Elle examine un iiislaut Gonlran^ qui doiourne la tète
sous son rrgaii ; plie r.sie acoi.icc.) 11 uc m'aime plus!... il uo m'aime plus !
GON TUAN
.le vous dois la vérité, .lane, et je vous estime trop haut pour ne pas vous la dire... Nous sommes dans une situation douloureuse pour tous deux... (pielle qu'en soit l'issue... car mon bonlieur même, que je n'use plus entrevoir, serait pour moi rempli (l 'amertume par le spectacle de votre douleur.
LA liAKONîiE.
Ainsi, vous l'aimez, Gontran... votre cœur n'a plus un battement pour moi?
GONÏRAN.
.Votre mari est de rjetour, madame... et j'ai serré sa main.
LA HAK0>i>E, avec iuilignation.
Oli ! il me manquait cette douleur, de me l'entendre rappeler par vous... Assez, monsieur! Oui, je m'égarais, vous avez raison... Tout est fini entreMious. (eiic passe à gjuche.)
G0NÏIIA>.
On vient, madame !