ACTE IV
posez... ne serait-il pas le mariage de votre fille avec monsieur de Presme ?
LE BARON ^ se levant.
Madame, voici la seconde fois que vous prononcez un nom qui ne doit pas être dit entre nous.
LA BARONNE, se levant aussi.
Oli! nous sommes dans une situation à tout nous dire, monsieur; et, cette situation, c'est vous qui l'avez faite.
LE BARON
Vous vous ouUliez, madame. Avez-vous pensé qu'en reprenant près de moi votre place d'épouse, mes torts passés vous alTrancliiraient de vos devoirs, et que vous resteriez fidèle à des relations devenues criminelles? — Si vous avez cru cela, madame, vous vous êtes trompée !
LA BARONNE, se calmant tout à coup.
Monsieur, hier vous m'interrogiez sur mes souffrances, demandant votre part de mes douleurs... l'époux faisait place au frère, disiez-vous... Auquel parlé-je en ce moment?
LE BARON, sèjbemeut.
Hier, madame, le frère implorait le pardon du passé. En ce moment, l'époux vous demande compte du présent.
LE BARON
\'ous avez trop d'esprit, madame, pour ne pas comprendre que cette lettre est une faute grave, et que j'ai le droit de vous dire maintenant : Pardon pour pardon.
LA BARONNE, avec hauteur.
Je n'ai pas -besoin de pardon, monsieur, je ne me reproche rien.
LE Baron.
Mais cette lettre ?
LA BARONNE
Cette lettre est la révélation de mes douleurs, rien de plus
LE BARON
■Je vous plains, madame, mais au-dessus de nos passions, il y a l'honneur de notre nom.
LA UARO>.NE.
Croyez-vous me rapprendre, monsieur?... Oh! n'invoquez
pas riionneur de votre nom, il me coûte plus cher qu'à vous.
Libre par votre abandon, je ne vous devais plus rien; et si je
. l'ai gardé intact, si j'ai drapé mon malheur dans ma fierté,
c'est pour moi seule et non pour vous.
LE UARON.
Et croyez-vous l'heure venue d'oublier ces principes de vertu?
LA UARONNE, avec dignité.
Monsieur, nous nous comprenons mal. — Que pensez-vous donc que je vienne vous demander? Je veux rester di^ne de moi-même, j'y briserai mon cœur s'il le faul... Mais vous dites : pardon pour pardon; et moi, je vous réponds... sacrifice pour sacrifice...
LE BARON
Comment!... vous prétendez?...
LA BARONNE, d'un Ion déciJi?.
Je prétends porter dignement le nom que vous m'avez donné. Ma place est près de vous; je dois vous suivre, si vous partez; votre famille, c'est moi; votre fille .. je ne dois pas la connaître... Choisissez donc entre elle et moi.
LE BARON
Que dites-vous?
L\ BARONNE
Je dis, monsieur, qu'une de nous deux est de trop dans votre maison.
LE BARON
Mais n'aviez-vous pas consenti...
LA BARONNE
Uui, javais consenti à la recevoir chez moi. Mais à voire tour, monsieur, vous avez Uo]) d'esprit pour ne pas comprendre que ton séjour n'y est plus possible.
LE BA noN.
Ah !.,. madame, je comprends que vous poursuivez un hul que vtius n'osez m'avouer en face... et...
Monsieur, j'ose vous dire en face que le courage m'abandonne... que je me sens entraînée sur une pente fatale...
LE BARON
Ce langage est étrange, madame; c'est trop longtemps oublier que je suis votre mari.
LA BARONNE
Mais... êtes-vous mon mari, monsieur?
LE BARON
Je vous le rappelle, madame.
LA BARONNE
Vous, mon mari? Ah ! ne profanez pas ce mot.. . c'est un titre sacré, celui-là, vous l'avez inscrit quelque part sur un contrat... mais dans votre famille et dans le cœur de votre femme... où l'avez- vous cent?
LE BARON
Je vous prouverai du moins que je suis votre maître.
LA BARONNE
Oh ! tenez, monsieur, vous me parlez un langage que je n'entends plus... épargnez-moi, car ma raison ne conçoit pas ces devoirs qui ne mjiu faits que pour moi seule... vous avez sacrilié nia 'jeunesse à-la mère et, vous voulez encore...
LE BARON, avec iclal.
Hé! madame, laissons là mes torts ! ils sont chèrement expiés, et je me lasse à la lin de me les entendre jeter à la face pour jusliher les vôtres. Eh bien, oui, j'ai été coupable, mais en somme, vous avez consenti à revenir près de moi... Je suis votre mari... et ce titre me donne des droits...
LA BAROiNNE,
Prenez garde, monsieur, vous m'avez appris comment on s'alïra.uchil.
LE BARON
Je vous préviens, madame, que je ferai tout pour éviter un scandale; mais si vous m'y forcez...
LA BARONNE
Je ne crains pas vos menaces, monsieur; entre nous le
luoiide jiij:ora. — Voici mon doniior mot... votre fille m'a offensée, elle quittera ma maison... aujourd'lmi même.
LE BAKON.
Jamais !
LA BARONNE
Jamais?
LE BARON
Jamais !
LA BARONNE
C'est bien!... Adieu, monsieur... c'est vous qui m'aurez
chassée. (eIIc sort par la gauclie.)