‹ ThéâtreChapitre 20 sur 292 · DANIEL, HENRI · texte numérisé non relu

DANIEL, HENRI

HENUI

Voilà assurément le type le plus parfait que j'aie jamais rencontré d'un grand gentilhomme. Pourquoi donc ne veui-tu pas faire ce portrait qu'il te demande?

DANIEL

Je te le dirai, mon enfant; mais causons un peu. Tu aimes mademoiselle Duchàteau?

' HENRI

Oui, sérieusement, de toute mon âme, et je le prie de la demander pour moi à son père.

DANIEL

Mais tu es bien jeune.

HENRI

Oh ! nous attendrons aussi longtemps que tu le voudras pour nous marier; mais en attendant , nous serons fiancés , nous pourrons alors nous aimer au grand jour et non plus avec ce mystère qui me paraît une atteinte à sa pxueté... et dans un an, deux ans,..

• DANIEL

Mais tu n'as que vingt ans et tu as à peine vu de loin ces tentations dangereuses, ces écueils de la vie qu'il faut connaître au risque de s'y briser, pour ne pas s'exposer plus tard à y briser le bonheur des autres.

HENRI

Écoute, père: t'aimant comme je t'aime, je n'ai pas voulu profaner notre sainte amitié par le spectacle de ces légèretés dont tant de fils rendent leurs pères complices en les leur révélant; mais si je t'ai épargné la confl-

34 LA FIAM:\IIXA

dence de folies dont tti as d'ailleurs trop souvent payé les frais pour les ignorer tout à fait; ïi tu as délourué les yeux pour ne pas voir parfois des robes de soie glissant fuilives au bras de Ion lils, je n'en ai pas été plus sage; je suis un peu de mon temps, vuis-tu, j'ai véeu vite.

OAMEL.

Oui, vite comme le voyageur qui passe, regarde et oublie.

HENRI

Ne crains rien. Les écueils dont tu me parlais ne sont pas à redouter pour un cœur que tu as formé; les principes d'honneur y ont des racines si profondes, qu'elles tiennent à la vie. J'ai appris à penser en lisant dans ton âme. Souvent, dans nos voyages, je me suis trouvé loin de lui, seul, n'ayant pour protection sous le ciel juc mes armes et mon courage; mais si dans le danger mon cœur a battu plus vile, j'ai senti du moins que c'était le cœur d'un homme.

DANIEL

Oui, j'ai confiance en toi, je ferai ce que tu désires. Mais écoute-moi, mon enfant. Tiens, mets-toi là. (lp fai-

i3Ul asseoir il gauclic tur le ranapc.) Dcpuis qUe tU CS au inolldc,

ton existence s'est confondue dans la mienne, nos pensées sont communes; pourtant, j'ai toujours gardé un secret pour toi. Tu as vinj^t ans, partageons.

nElSRI.

Un secret pour mol !

DAMEL

Oui, et quand lu le connailias, lu me pardonneras de l'avoir gardé, car il venait de mon amour de pi'rti, j'avais peur de perdre une part de ton cœur.

HENni.

Oh, père!

DANIEL

Nous n'avons presque jamais parlé de ta mère, mon ami, tu ne l'as pas connue, et quand tu m'as interrogé à ce sujet...

HENUI.

Tu m'as dit que je la perdis au berceau.

DANIEL

Tu as compris alors que ta mère était morte... cela voulait dire seulement que tu l'avais perdue. Elle vit encore.

HENRI, radieux.

Elle vit?... ma mère?...

DANIEL, le regardant avec inquiétude.

Oui.

HENRI

OÙ est-elle?... (voyant rinquidlude de son porc.) Eli bien!...

tu m'observes... tu t'inquiètes parce que...

-DANIEL

Mon enfant!...

UENR!.

Pauvre père ! un sourire t'a troulilé, tu as douté de moi? Ohl mais qui m'a raconté CCS longues et douces histoires du temps où j'étais pitit enfant? toi! Qui m'a tendu la main à mes premiers pas? toi! Qui voyais-je sourire à mon berceau ? toi, toujours loi ! Et tu as tremblé? Ah! n'as-tu pas été ma mère? (L'Ù prunam h main avec

cinif ur.) Ya, je n'en connais pas d'autie que toi.

DANIEL

Merci, mon enfant, nii. rci 1

Il E. Mil.

Coiitinuc, et sasis craiiste.

LA FIAMMINA DANIEL.

Tii sais que je passai à Romo qncli]uos anndos de ma jeunes'-e. J'avais alors ving-t-qualrc ans, je devins éperdiimenl épris d'une jeune lille, je l'épousai... ce fui un mariage de passion pour tous deux, ol l'ange du bonheur était à nos côlés, mais il s'envola bientôt. Ta mère était au théâtre, elle chantait. Ah! le théâtre, mon enTant, est im cruel ennemi du repos des familles!... Cette vie de gloire, d'émotions qui élève et purifie certaines âmes est pour d'autres un poison corrupteur. Ta mère, exaltée, comblée de louanges, m'écrasait de ses succès; je n'étais alors qu'au début de celte renommée qui a grandi depuis. La vie calme et pure du foyer domestique était pâle après les enivrements de chaque soir. Le malheur franchit notre seuil et s'assit à mon chevet. Tu vins au m.jnJe, j'espérai un moment que la tranquillité et la joie étaient nées avec toi; mais il n'en fut rien; et, après deux ans d'une vie impossible, ta mère désira nous quitter, il fallut y consentir... Elle partit.

HENRI

Pauvre père! Oh! comme tu dus souffiir «juaiul t-i ic vis seul !

Non, tu me restais; je te voyais sourire, et mon bonheur commença.

tl depuis, tu ne l'as [dus revue?...

DANIEL

Si. Cinq ans après je la relrouvai à Florence et je licinblai pour toi; je m'enfuis bravement cmpoitanl mon trésor. Di'puis, je ne l'ai plus revue.

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