HEM RI
Ah I que lu es heureux ! tu travailles, li.i !
ACTl:; I 5
DAN lEL.
Mais c'est un hotihcui- qu'on a toujours sous la main.
HENRI, allant s asseoir sur le di\an, au fond.
Pas toujours ! Ainsi, tiens, moi, je viens de réussir au Théâtre-Français, un acte en vers, de moi tout seul, eh bien, tout est dit, et ma gloriole d'un soir s'est ôleinle avec les feux de la rampe !
DANIEL
Ne médis pas de ton œuvre, c'est une belle fleur de jeunesse.
HENRI
' Oui, mais on attend le fruit...
DANIEL
11 mûrira ; travaille...
HENRI
A quoi? à chanter les oiseaux, les buissons, l'ombre des blés, la mer plaintive? Cela ne peut plaire qu'aux âmes rêveuses et jeunes. 11 n'y en a plus : les jeunes gens d'aujourd'hui calculent et ne rêvent pas.
DANIEL
Ils n'iront plus au buis, les lauriers sont coupés.
HENRI
Je le crois bien, c'est vous, nos pères et nos maîtres, qui avez fait la moisson...
DANIEL
Oh ! les lauriers repoussent, et malgré les nuages, la gloire luit toujours comme le soleil, et il y en a pour tout le monde.
HENRI, se levant.
J'aurais bien envie de faire un drame ; mais pour cela il faut que j'apprenne la vie, que j'aie coudoyé des passions, des douleurs, que je me sois blessé aux épines
C I.A FIAMMIW
du i hemin ; tu l'as jonché de roses devant moi... sans reproche !
DAM EL
Oh 1 s. lis tranquille, mon enfant, tu te piqueras !
nE>RI, prenant une cbiisc au Ton'l, et s'assejrant près de son péro.
Je ne suis pas pressé. Mais voyons, conseille-moi : que puis-je faire? je ne suis que poëte.
DANIEL
Je ne te conseillerai pas de faire une tragédie.
HENRI
Oh non ! le temps es' à la prose.
DANIEL
Ce n'est pas le temps qui est ù la prose, ce sont les hommes.
HENRI
Mue j'envie l'époque de la jeunesse! tu vivais au milieu d'une génération enthousiaste, vous vous passionniez pour l'art, la poésie : romantiques contre classiques, la helle guerre civile ! Les grandes œuvres surgissaient dans la poussière du combat. E finita la musical
Bah ! l'esprit, qui a de tout temps élé souverain en France, a le privilège de la souveraineté, il ne meurt jamais. Parfois il fait semblant de dormir, mais ses nuits sont courtes, et ce que tu prends pour une (in n'est qu'un entracte. Nous achevons nos rtiles, nouH autres, et nous rentrons daris la coulisse; à vous, jeunes gens, d'entrer en scène, le public est toujours là qui attend
m. MU.
Oui, mais ce qu(; iii public aime aujourd'hui, est précisément ce que je ne puis faire. Comment peindre ce