ACTE I
monde qui n'a pas posé devant moi? La fantaisie est exilée, on ne rêve plus au théâtre à l'heure qu'il est, la réalité s'en est emparée, et même cette réalité-là n'est pas toujours édifiante. Les courtisanes se sont glissées dans le boudoir des duchesses; Marco remplace Agnès, Sylvia, Ophélie, Desdémone, ces douces héroïnes qui rougissaient au mot d'amour.
DANIEL
Damel on a tout usé, tout essayé, même de poétiser le vice. On a tout réhabilité depuis vingt ans, tout, excepté peut-être la vertu.
HENRI, se levant.
' Eh bien! mon rêve, à moi, serait de lui faire un rôle, à cette pauvre vertu qu'on représente toujours si triste, si ennuyeuse, toujours si innocente et si persécutée. Moi, je la ferais virile, l'éclair aux yeux, le sourire aux lèvres, non plus victime, mais guerrière et même victorieuse... heureuse surtout... comme elle doit l'être, enfin! séduisante... à faire des conquêtes.
Fais cela, ce sera nouveau.
HENRI, allant à gauche.
Bast ! on dira que je concours pour le prix Monthyon.
DANIEL
Et cela t'effraye?
HENRI
Non, par ma foi! j'ai le courage de mes opinions, et hier encore, je défendais contre le scepticisme de mes amis, ce qu'ils appellent mes naïvetés, mes illusions; elles me sont douces, et je ne les troquerais pas contre leur prétendue science de la vie. A vingt ans ils en ont quarante.
DANIEL
Oui^ les vivants vont \ï[o, aujoiud'liui.
HENRI
Il me semble pourtant qu'il fait bon d'avoir vingt ans!
D.VMEL, se rctournaut ver» Henri.
Ah ! c'est un beau poëme ! Feuillette lentement ses pages, n'en passe pas une... c'est 1 âge d'or de la vie... c'est riioure solennelle où l'enfant devient homme; l'âme encore parfumée des naïves croyances, il sent battre son cœur en rêvant à l'amour. 11 sourit au monde qui lui renvoie son sourire; du seuil de la vie il regarde l'horizon voilé de l'avenir, et c'est l'espérance qui lient le coin du voile.
HENRI, allant à son pore ri I embrassant.
Ah! que tu parles bien comme un poëto, cher père de génie! et que je me félicite d'être ion (ils!
Tu me flattes!
HENRI
Non, c'est moi que je flatte : tu es le premier peintre du temps ; grâce à toi je suis riche, ton nom est un talisman pour mui, il me souffle du bonlioiir comme au temps des fées; toutes les portes s'ouvrent devant lui. (I C'est le fils de Daniel Lambert, » dit-on sur mon passage, et l'on te fêle eu moi, je suis ton clair de lune: je te reflète.
DAM EL
Mais tu a^ hiin les rayons à loi !
iM..Nai.
Riyons d'emprunt .. Je me sens bien humble devant cette considération qui me vient toute de loi, et me réduil à rien. Quand on dit, par exemple : u C'est Lambert