PRÉFACE XV
accord de ses sentiments et de sa raison. Elle n'est embarrassée d'aucun scrupule qui Vinquiète sans la guider, d'aucune morale ni d'aucune religion, à laquelle elle continue d'obéir sans y croire. Mais elle est juive et s^en glorifie; elle croit à la supériorité et à la prédominance d'Israël. Fille de banquier, petite- fille de rabbin, elle a directement, dans sa famille, les ancêtres du juif moderne'^: elle est positive et, à sa façon, messianique, sans contradictions. D'une manière générale, elle a horreur de Và-peu-près. Avec son grand-père, savant distingué, contemporain et peut-être ami d'un James Darmesteter, on imagine sans peine de quel coup d'œil favorable elle embrasse l'histoire du peuple juif. Nul doute pour elle que l'histoire juive ne longe l'histoire universelle sur toute son étendue et ne la pénètre par mille traînes. Nul doute que, depuis la Révolution française, la pensée du peuple juif ne se trouve en accord avec la conscience de l'humanité'^. Avec une pareille certitude, elle peut aller loin.
Elle sait aussi que les pratiques de sa religion n'ont jamais été un « moyen de croire», un expédient pour « abêtir)) à la foi une pensée rebelle. Il est probable que son père, le banquier, et elle-même n'en observent pas le rite minutieux. Mais, ces pratiques supprimées, elle sait aussi que les deux dogmes n'en subsistent pas moins qui. depuis les prophètes, font le judaïsme tout entier: Unité Divine et Messianisme, c'est-à-dire, en langue moderne, Unité des forces et croyance au Progrès. Interprétation tendancieuse et qui permet, au nom de ce progrès, de poursuivre d'autres religions dans leurs pratiques {(abêtissantes», sans exiger la fermeture des boucheries kascher.
1 Anatole Leroy Beaulieu: Israël chez les nations. C. f. passim, chapitre VIII. Psychologie du juif.
2 James Darmesteter: Coup d'œil sur Vhisioire du peuple juif. C. f. passim.