‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 9 sur 216 · XIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XIV PRÉFACE

Il suit avec }mssion le socialisme qui grandit: il y rencontre des humanitaires qui se détestent, des lihres-penseurs aussi ennemis de la liberté que de la pensée. Alors, il se détourne de la chose publique; il est également prêt pour V anarchie et pour le bon tyran.

Il cultive son Moi, veut se connaître lui-même. Mais les systèmes philosophiques se contredisent; la physiologie, la psychologie scientifique V épouvantent: sa mémoire, sa volonté, toutes ses facultés, autant de mécanismes compliqués dont on lui démontre qu'il ne peut régler aucun des rouages subtils. Il se découvre Vesclave de son libre arbitre, le jouet d'un déterminisme indéterminé; et d'une philosophie de baccalauréat, de VImpératif catégorique de Kant, il passe à un Dubitatif non moins catégorique. Il est également prêt pour le renoncement et pour la course au bonheur.

Entre temps, il a lu Renan; il s'est amusé aux contradictions élégantes de ce virtuose éminent dont les partis les plus opposés peuvent se réclamer; il a admiré que cet esprit considérable, parcourant toutes les routes de la pensée, se tînt constamment en équilibre sur deux vérités, comme un cycliste sur les deux roues de sa légère niachine. A sa suite, il est entré en dilettantisme, recherchant dans Sirius les raisons supérieures d'une indifférence séduisante. Jusqu'au jour oii, placé dans le milieu et en face des circonstances que Von connaît, il se trouve projeté, presque malgré lui, hors de ses hésitations habituelles, hors de son éclectisme philosophique. Alors, il choisit entre les deux vérités, ou plutôt croit choisir celle que lui imposent l'atavisme, l'hérédité, la tradition, l'éducation, en un mot, toute sa sensibilité collective et française.

Judith, elle, est bien différente de Michel. Elle n'est jamais vague, indécise. Toute sa force réside dans le parfait

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