‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 13 sur 216 · PRÉFACE XIX · texte numérisé non relu

PRÉFACE XIX

Et, lorsque le rideau fut baissé sur ce troisième acte, je fus énm (T entendre une juive qui, avec quelle tristesse! disait: «Que voulez-vous? nous autres, nous n'avons pas d'assiettes peintes.» N' était-ce ■ pas Ahasvera qui, par ces paroles touchantes, plaignait- son peuple d'être dispersé?

J'ai supprimé aussi la scène qui termine le troisième acte, et dans laquelle les caractères de Judith et de Lazare soyit développés selon leur race, mais en beauté, parce qu'elle a été jugée dangereuse par ceux et pour ceux qu'elle devait le mieux servir. Dans l'aveu de son amour profond et pur que Judith fait à Lazare, quelques dames israélites n'ont pu voir qu'une femme hystérique offrant son corps, alors que c'était une créature de douleur et de détresse qui proposait son âme et, dans le refus honnête et fraternel de Lazare, des coreligionnaires n'ont pu voir que gêne et niaiserie. Disons le mot qu'eux-mêmes ont prononcé: ce bon juif, de haute culture, homme probe, ami fidèle, messiayiique rêveur qui met sa grande fortune au service d'une grande cause, et veut que sa race reste pure pour accomplir, en noblesse, ses destinées, ce bon juif, ils l'ont trouvé invraisemblable.

J'aidû obéir aussi à d'autres considérations, celles-là d'ordre théâtral. Le théâtre a des lois exigeantes. Après la scène qui précédait, violente jusqu'à l'attaque de nerfs, le piîblic, trop secoué, ne semblait plus s'intéresser à une détresse purement sentimentale. Cette conversation entre Lazare et Judith ne venait peut-être pas à sa place. En ce cas, c'est ma faute de ne l'avoir pas prévu: antiscénique alors, mais non antisémite.

On a trouvé exagéré et encore invraisemblaMe, le trait de solidarité qui termine cette scène. Je le répète, nulle assertion qu'on ne puisse illustrer par vingt exemples. Cette solidarité, les juifs la contestent; nous la constatons, en la trouvant admirable; ils la nient, nous l'affirmons, en la jugeant menaçante.

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