ACTE PREMIER
LISTEL
S'il VOUS plaît.
Juliette lui offre du sucre.
ANTONIA Et VOUS, Pierre?
PIERRE Volontiers.
JULIETTE
C'est si joli le bruit d'une gondole qui passe et le cri des gondoliers!
LISTEL
Voyons, entre nous, il n'a rien de bien curieux, le cri des gondoliers: c'est bien surfait... c'est plutôt laid.
JULIETTE, froissée.
Ça ne se discute pas.
LISTEL
Et le bruit des gondoles, ça n'a l'air de rien, mais c'est assommant! On dit que Venise est une ville silencieuse, mais ça vous empêche de dormir... surtout en cette saison; les- amoureux se font trimbaler jusqu'à une heure fort avancée de la nuit, on ne peut pas fermer l'œil. Enfin pourtant, si l'on était malade, j'imagine que l'on pourrait faire mettre devant ses fenêtres de la paille dans le grand Canal.
ROGER, qui jusqu'alors n'a rien dit.
Comme ça doit être fatigant pour vous d'avoii' tant d'esprit !
LISTEL
En tout cas, c'est une fatigue que je vous épargne, cher monsieur.
ROGER
Oh! certainemeut.
Il s'éloigne avec Juliette.
PIERRE, à Listel.
Mon cher monsieur, vous ne serez pas dans les bonnes grâ'Ces de ces dames, si vous blaguez Venise.
Il va rejoindre Juliette et Roger.
LISTEL
Est-ce de ma faute, si j'ai des aperçus originaux? (A Antonia.) Et VOUS êtes ici depuis?...
ANTON lA Depuis quinze jours... oui, quinze jours, déjà! Et vous?
LISTEL Moi, je suis arrivé hier... et je repars demain.
ANTONIA
C'est une vraie chance en ce cas de vous avoir rencontré. Vous ne serez pas resté longtemps.
Venise me dégoûte.
ANTONIA
Vous êtes dégoûté!
LISTEL
N'est-ce pas? (Un silence.) Dites-moi donc qui est ce monsieur silencieux et désagréable qui ne comprend pas la plaisanterie.
ANTONIA
C'est un ami que j'ai rencontré ici... un charmant garçon.