XXII PRÉFACE
influence et, lorsque cet homme devint malheureux, je ne Vai pas abandonné. Je suis trop aryen, quoi que vous prétendiez, pour déterminer publiquement à quel point fai transgressé les lois inéluctables de V Ingratitude, que nul pourtant n'est censé ignorer.
Alors, vous m'accusez de battre la caisse avant de la remplir; vous me prêtez, gratuitement parce qu'aryenne, les intentions les plus noires ou les plus vertes (Académie Française? ) Je pourrais protester; m,ais il ne faut jamais dire: Coupole... Vous nrenvoyez rejoindre, sous cette coupole, les Torquemada, les Caboche et les Trestaillon! Passons.
On m'a reproché de n'avoir pas conclu, d'avoir posé la question, sans la résoudre. Conclure, être certain! et quelle confl,ance en soi cela implique! L'antagonisme est-il irréductible entre les deux races? Y a-t-il même deux races et, à proprement parler, antagonisme? Bornons-nous à constater, dans le moment, une psychologie juive et une psychologie française et, à irréligion égale, des états de conscience différents. La fusion n'est pas impossible, mais l'esprit de domination sera un mauvais moyen d'arriver à cette fin. tant qu'il existera des esprits indépendants, en révolte contre toute puissance occulte ou découverte, contre toute tyrannie cléricale, franc-maçonnique ou judaïque.
Après tout, Michel peut avoir tort dans l'avenir, bien qu'il ait la majorité pour lui dans le présent. Le monde sera peutêtre un jour mené différemment; les hommes n'obéiront plus à leurs instincts, à leurs symjMthies, à leurs sentiments, à une conscience qui n'est au fond que leur inconscient, mais à la logique et à la raison pure. Tout citoyen du monde se guidera avec un excellent traité d'hygiène et un définitif, après bien des essais, traité de morale scientifique, sociale et terrestre. En attendant, il n'apparaît pas que la science suffise à résoudre seule certains problèmes.
PRÉFACK XXIII
Peut-être aussi que viendra le règne du surhomme, selon Nietzsche; chacun s'appliquera à développer sa volonté de puissance. Alors le surhomme, vraiment digne de ce nom, verra chaque matin lever Vaurore et, à ce spectacle, sentira son cœur plein d'une joyeuse méchanceté. Alors, des nouvelles valeurs morales seront créées et les vieilles valeurs seront abolies. On lira dans les journaux des choses comme celles-ci:
« Monsieur M..., qui haMte un petit logement, rueVoiven- « herg (car Vowenberg aura donné son nom à une rue; on «lui aura enfin rendu justice!) Monsieur M..., était soup- « çonné de nourrir, par son unique travail, sa vieille mère. <( sa femme et trois enfants. Une pauvre veuve étant morte, « laissant deux orphelins en las-âge. Monsieur M..., n'hésita « pas à les prendre à sa charge. A la fin, les voisins se sont « émus: ils prévinrent le commissaire de police. Monsieur «M..., sa vieille mère, sa femme et les cinq enfants, tout ce « joli monde a été envoyé au Dépôt. »
* Mais, cessons de rêver!
Je pensais que tout avait été dit à propos de cette pièce, lorsque, dernièrement, un jeune auteur israélite taille sa plume, sort de la question, se hâte, un peu tard, de s'indigner de peur d'être obligé de comprendre, et assène son jugement sur le Ketour de Jérusalem, confraternellement^. Pour moi, j'admire toujours qu'un jeune homme donne avec sûreté son avis, distribue l'éloge ou le blâme, tranche en un mot. Encore une fois, nulle assertion qu'on ne puisse illustrer par vingt exemples. Et comment répondre à qui se croit ainsi infaillible ? Ne discutons même pas; aussi bien, un tel jugement, c'est impair et manque. Accordons-lui tout ce qu'il
1 Les Religions au théâtre. Figaro du 23 mars 1904.