ACTE PREMIER
sa vie. Elle a toujours eu le désir d'apprendre, la soif de s'instruire.
L'ONXLE EMILE
Est-ce qu'elle est parente avec Arsène Fuchsyani, le fameux rabbin?
GEORGES
C'était son grand-père.
L'ONCLE EMILE Un grand savant, un esprit fort distingué.
GEORGES
Oui. il y a depuis trois cents ans, dans sa famille, une alternative presque régulière de rabbins et de savants, de banquiers et de changeurs.
LE CAPITAINE
C'est sans doute à cela qu'il faut attribuer le sens pratique de Madame de Chouzé, en même temps que son goût pour l'étude et les idées abstraites. Le savant, dit le Talmud, passe avant le roi.
ANDRÉE
Et elle l'est, savante, nom d'une pipe! Elle a tout lu; elle sait l'anglais, l'allemand, l'italien, l'hébreu! Elle n'est pas seulement excellente musicienne, elle connaît l'harmonie; elle m'épate, moi, cette femme-là!
SUZANNE Et elle sait qu'elle sait.
LE CAPITAINE Il faut être juste, Suzanne, elle n'est pas pédante.
MONSIEUR AUBIER
Notez bien, mes chères enfants, que, sauf l'hébreu, on vous a enseigné absolument les mêmes choses.
L'ONCLE EMILE
On vous les a enseignées, mais vous ne les avez pas apprises.
MADAME AUBIER
Ton oncle a raison, Andrée: j'ai dépensé dix mille francs pour toi en leçons de piano et tu es incapable de déchiffrer les Cloches de Corneviîle.
ANDRÉE Allons, bon! ça va retomber sur moi cette affaire-là!
MADAME AUBIER
Tu as eu une fraiilein jusqu'à douze ans, une miss jusqu'à dix-huit, et tu mourrais de faim aussi bien en Allemagne qu'en Angleterre.
ANDRÉE
Pas du tout, je sais dire je t'aime et demander de l'eau chaude dans toutes les langues... même en russe! Tu vois comme tu es injuste.
L'ONCLE EMILE
Et, avec ça. on peut toujours se tirer d'affaire.
GEORGES Ça dépend des professions.
Mais tout ça ne nous dit pas comment Judith Fuchsyani épousa Gaston de Chouzé.