ACTE PREMIER
SUZANNE
Elle t'en apprendra encore.
MICHEL
Pour moi, c'est une fenêtre ouverte sur le monde Israélite.
SUZANNE
Une petite fenêtre... un judas. (Michel hausse les épaules.) Oh! je te demande pardon. Je sais que tu n'aimes pas ces plaisanteries-là... Enfin! elle est partie.
MICHEL Va, tu t'alarmes bien à tort.
SUZANNE
Oh! je ne m'alarme pas. Tu me feras l'honneur, j'espère, de croire que je ne suis pas jalouse de M"*® de Chouzé... seulement, je ne te cacherai pas que ses allures avec toi me semblent étranges. Voilà longtemps qu'elle tourne autour de toi et que je m'aperçois de son insistant manège. Je ne t'en ai jamais parlé, et si je t'en parle aujourd'hui, c'est parce que je constate que ça prend des proportions inquiétantes. Alors, je t'avertis: si tu tiens à moi, prends garde! Je suis de celles qui ne pardonnent pas. Voilà.
MICHEL
Tu ne sais pas, tu ne peux pas savoir à quel point tout ce que tu viens de dire là est inutile.
SUZANNE Tant mieux!
MICHEL Ce que tu semblés prévoir n'arrivera jamais.
SUZANNE
Tant mieux! En tout cas, je t"ai dit ce que je voulais te dire; maintenant ne parlons plus de cette chère petite M™® de Chouzé. (Elle va près de la table et regarde les papiers qu'Henriette a laissés.) C'est les fameux poèmes qu'elle a traduits pour toi?
MICHEL
SUZANNE, parcourant les poèmes.
Mais je comprends très bien, ça ne me paraît pas difficile; serais-je une intellectuelle sans le savoir? C'est un Juif qui se lamente sur les malheurs de son peuple, n'est-ce pas?
MICHEL
Ça doit être ça.
SUZANNE
Comment, ça doit être? Je croyais que tu les avais lus tout à l'heure avec elle! Tu ne te rappelles plus?... tu pensais à autre chose, probablement, tu étais distrait. (Elle découvre le sac d'Henriette). Tiens! et elle aussi était distraite, il faut croire... elle a oublié son petit sac. Ça lui ressemble bien, d'ailleiu's.
MICHEL, aifectant le plus grand calme.
Ce sac n'est peut-être pas à elle ?
SUZANNE A qui veux-tu qu'il soit?
MICHEL Je ne sais pas, moi, à 'M^^ Sonchamp.