ACTE PREMIER
SUZANNE
La mère Sonehamp n'a pas un sac aussi élégant... non, c'est bien à Henriette, je le reconnais... il y a son chiffre.
MICHEL
Alors, donne-le-moi... je vais l'empaqueter et le lui renvoyer.
Pourquoi dis-tu ça d'une voix étranglée?
Pas du tout.
SUZANNE
Je le lui renverrai bien moi-même... il doit y avoir tout un petit bric-à-brac très amusant là-dedans.
MICHEL, vivement.
Tu ne vas pas l'ouvrii'. Tu n'as pas le droit de faire ça.
SUZANNE Tu as des raisons pour que je ne l'ouvre pas?
MICHEL, se reprenant.
Pas la moindre... Seulement, c'est indiscret, incorrect tout au moins.
SUZANNE
J'imagine que si elle le laisse traîner, c'est qu'il ne renferme rien de mystérieux.
Elle ouvre le sac.
MICHEL, fataliste.
Après tout, si tu y tiens...
SUZANNE
C'est bien ce que je pensais... un mouchoir, de la poudre de riz. un petit carnet... Ah! et des lettres... mais les lettres, je ne les lirai pas... sauf celle-ci pourtant, qui paraît être de ton écrit^Te.
MICHEL Suzanne! Suzanne! Au nom de tout! ne lis pas.
Ah!
MICHEL Donne-moi cette lettre...
SUZANNE Non.
MICHEL Donne-la-moi.
Il veut la lui arracher.
SUZANNE, te dégageant.
Ah! laisse-moi. laisse-moi lire. D'abord ça te donnera le temps de réfléchir à ce que tu vas dire, de préparer les mensonges que tu vas me faire.
MICHEL, à mi-voix.
Tant pis! C"est toi qui l'auras voulu.
SUZANNE, parcourant la lettre.
«Ma chère chérie, ma Judith aimée, je pense à tout ce que tu m'as dit tantôt, quelle tendre journée nous avons passée ensemble, la dernière, hélas! atix bords de cette Loire qui reflétait un beau ciel clair comme tes yeux.