ACTE PREMIER
J'aime ton cerveau masculin et féminin à la fois; avec toi seule je parle comme avec un ami, ô mon cher petit philosophe... mais tu pars demain, et moi, je vais rentrer dans l'ombre conjugale... toute la tristesse des amants est en moi... Sur tes lèvres profondément... longuement... Michel. » C'est très bien.
MICHEL Te voilà bien avancée.
SUZANNE ' Ah! oui, je te prie de le croire. En tout cas, je suis fixée.
Sur quoi?
SUZANNE
Sur ta loyauté, ton affection, ta tendresse, et aussi, sur la nature de tes relations avec elle. Je sais maintenant quelle sorte de fenêtre elle t'ouvrait sur ceux de sa race, comme tu dis.
MICHEL
Alors, tu crois qu'elle est ma maîtresse?
SUZANNE J'en suis sûre.
MICHEL Je te jure que non.
SUZANNE
Oh! Oh! voyons! Aie au moins un peu de pudeur et ne me raconte pas des histoires pareilles. Je ne suis tout de même pas une imbécile; montre cette lettre à n'importe qui, et l'on dira que celle à qui elle est adressée est ta maîtresse.
MICHEL
Pourtant, je te dis la vérité... la preuve, c'est que je fai laissée lire cette lettre.
SUZANNE Parbleu! tu ne pouvais pas faire autrement 1
MICHEL J'aurais pu te l'arracher des mains, la déchirer.
SUZANNE Ah! tu aiu'ais mieux fait!
Non. parce qu'alors, tu aurais pu supposer tout.
SUZANNE Je n"aurais pas pu en supposer davantage.
MICHEL
Tandis que jai préféré que tu lises cette lettre jusqu'au bout, et je te défie d'y trouver la preuve que Madame de Chouzé est ma maîtresse.
SUZANNE
Mais tais-toi donc! tais-toi donc! Comment, voilà une femme que tu voyais tous les jours, du matin au soir, tu restais seul avec elle et ce n'était pas encore assez... tu éprouvais le besoin de lui écrire. Et en quels termes! Tu rappelles Judith!... Judith, c'est elle sans doute qui t'a demandé de l'appeler d'un nom dont personne ne l'appelle... tu la tutoies, tu la tutoies et tu termines ta lettre sur sa bouche, longuement... profondément. Si ce n'est pas là un langage d"amant. qu'est-ce qu'il te faut? Jusqu'ici