PRÉFACE XI
C'était les jeunes années de la troisième République. En lisant sur tous les monuments ces trois mots: Liberté, Égalité, Fraternité, Michel s'étonnait quil y eût encore des riches et des pauvres, des patrons et des ouvriers, des gens qui mouraient de faim, d'autres qui assassinaient, et trois classes dans les ivagons de chemins de fer, comme avant! C'est que les enfants prennent les mots au pied de la lettre, et n'acceptent pas les contradictions et les désordres que les hommes acceptent.
Les coyitradictions le froissaient de toutes parts. On lui recommandait de prier Dieu, et ses parents ne le priaient pas. Son père n'aimait pas les prêtres.
Il avait des petits camarades israélites; mais il ne remarquait aucune différence entre eux et lui, si ce n'est que, le jeudi et le dimanche, ils demeuraient à l'étude, tandis qu'il allait à la messe. Peut-être, lorsqu'il faisait avec l'un d'eux, de ces échanges que font les écoliers, à la façon des sauvages, du sucre d'orge contre des plumes ou du papier à lettres contre des pastilles de menthe, s'apercevait-il, après coup, qu'il n'avait pas conclu un marché avantageux, ce qui ne l'empêchait pas d'ailleurs, à la première occasion, de recommencer.
Michel grandit sous la présidence de M. Thiers et du maréchal Mac-Mahon. Il apprend la formation des nouvelles dénominations politiques, avec la terminaison iste qui marque le respect, et la terminaison ard qui marque le mépris. Quand arrive le 16 mai, il comprend que la République est en danger. Il lit les journaux et l'Histoire de la Révolution, fait des rapprochements entre les hommes de 77 et ceux de 89, et pÀus d'un, parmi les 363, prend à ses yeux les allures de tel député du Tiers. La RépuUique est sauvée! Michel n'attendait que cela pour passer son baccalauréat. Il le passe.