XII PRÉFACE
Au quartier latin, comme toute la jeunesse bourgeoise de cette époque, il est ardemment républicain. Il se réjouit de la première expulsion des Jésuites, il se réjouit de la première amnistie. Les premières fêtes du lé juillet V enivrent; tous les cœurs sont gonflés d'espoir; dans les rues pavoisées et illuminées, il communie véritablement avec le peuple, rit, chante, crie et danse avec lui. Non. la République ne pouvait pas être plus belle sous V Empire! Liberté, Égalité, Fraternité, vous n'êtes donc pas de vains noms?
Michel fait son volontariat. Le régiment n'est pas cette grande famille qu'il était si disposé à aimer. Le colonel, le père du régiment, lui fait Veffet d'un parent éloigné; les commandants et les capitaines, de cousins à la mode de Bretagne. L'indifférence des officiers le chagrine et le décourage; la grossièreté et la vénalité des gradés inférieurs l'indignent. Sa véritable parenté, c'est avec les pauvres et simples soldats, ses frères d'armes, frères d'ennui morne aussi, d'exercices monotones, de corvées répugnantes et stupides, de punitions arbitraires. C'est qu'en temps de paix, la logique et la discipline, l'honneur militaire et la dignité de l'homme se livrent des combats, parfois meurtriers. Cette grande école d'abnégation et de devoir est pleine, elle aussi, de contradictions.
Peut-être a-t-il connu, dans son régiment, ce maréchal des logis, joli garçon, et que les femmes aidaient, toujours couvert de dettes nonobstant, et qu'on faisait régulièrement sortir de prison, pour escorter le drapeau, dans les grandes occasions, à cause qu'il avait bon air à cheval et belle tournure militaire ?
Mais les contradictions n'étaient-elles pas en lui-même? Certes, il n'aimait pas ce métier, et pourtant, certains jours de revue, lorsque, dans la grande cour du quartier, au son des trompettes rageuses, le régiment défilait devant l'aigrette