PRÉFACE XIII
blanche du colonel, entouré de son État-major aux plmnes tricolores, il oubliait ses rancœurs, et un frisson d'héroïsme parcourait tout son être.
Il y avait, parmi les volontaires, de jeunes Israélites; mais sous le képi et la veste, n'' étaient-ils pas semblables à lui? Si, dès leur arrivée, il avait reconnu chez eux une ardeur à se lier qu'on pouvait preyidre pour de la familiarité, ou réciproquement, une aptitude spéciale à couper aux corvées, un flair plus subtil à découvrir le sousoff qui accepte à dîner, un savoir-faire plein de rondeur dans ces légères transactions, là se bornaient ses constatations.
Il rentre dans la vie dite civile. Sa foi politique va être soumise à d'attristantes épreuves. Il est encore plein d'illusions: pour lui, la République c'est toujours de l'austérité et de la vertu. Sage, belle, prudente, forte, pacifique, victorieuse, il la pare de toutes les nobles épithètes dont les Grecs, en trichant un peu, parèrent jadis Pallas Athéné. Mais vers la fin de l'opportunisme, Marianne commence à négliger ses dessous. Michel s'afflige des premiers scandales (affaire des décorations). Le parlementarisme lui apparaît bientôt comme une maladie- dont son pays est rongé, avec la succession lamentable des accidents secondaires ou tertiaires (Boulangisme. Panama). Il se préoccupe d'une question qu'avaient posée les livres précurseurs d'Edouard Drumond. Mais sa raison lui défend d'être antiséynite; il ne rend pas les juifs seuls responsables de tout ce qui arrive de fâcheux autour de lui. Parbleu ! il sait bien que s'il n'y avait pas de corruptibles, les corrupteurs perdraient leur temps. Luttes brèves et inégales de certaines consciences contre les tentations; c'est le pot de terre, vide, contre le pot de vin, plein. Michel qui n' accepterait pas n'oserait pas offrir; à ces représentants du peuple, il prêterait ses pudeurs, sa fierté, sa droiture, et ce n'est pas cela, paraît-il, qu'il faut leur prêter.