ACTE TROISIÈME
VOWENBERG
Avec l'appui de Hœndelssohn, je suis tranquille... Michel jette de notre côté des regards inquiets... il est persuadé que je vous fais la cour. D'abord, je ne vous ai jamais fait la cour.
JUDITH
Vous avez de l'aplomb.
VOWENBERG
Je veux dire que je n'ai jamais enguirlandé de périphrases surannées le grand désir que j'ai de votre chère petite personne.
JUDITH
C'est une justice à vous rendre, vous m'avez toiijours parlé avec la dernière brutalité.
VOWENBERG
Et VOUS, vous m'avez toujours repoussé avec la dernière cruauté. Oh! je sais bien qui vous aimez.
JUDITH Je serais curieuse de l'apprendre.
VOWENBERG
Vous aimez Lazare Hœndelssohn.
JUDITH, riant.
Ah! ah! ah!
VOWENBERG
Vous n'avez pas du tout envie de rire. Lazare est votre flirt, votre love; je ne dis pas que vous soyez sa maîtresse...
JUDITH
C'est heureux.
VOWENBERG Pas encore, mais vous le serez.
JUDITH
Jacques, je devrais vous mettre à la porte, pour vous apprendre à me parler comme vous le faites; mais j'aime mieux m'amuser de votre grossièreté que de m'en offenser.
VOWENBERG, galamment.
Vous adorez ma grossièreté, elle vous râpe l'âme.
JUDITH
C'est vrai, comme une mauvaise eau-de-vie râpe le gosier.
VOWENBERG
Alors, je continue: le jour où vous serez la maîtresse de Lazare, je souffrirai beaucoup.
JUDITH Vous ?
EUe rit.
Oui, moi... je ragerai certainement; mais j'aurai la satisfaction de savoir que Michel est cocu.
JUDITH, le coupant.
Voulez-vous vous taire... J'ai horreur qu'on dise de ces mots-là... vraiment, vous avez un cœur charmant.
VOWENBERG Michol me déteste... il ne peut pas me sentir.