‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 95 sur 216 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

VOWENBERG

Avec l'appui de Hœndelssohn, je suis tranquille... Michel jette de notre côté des regards inquiets... il est persuadé que je vous fais la cour. D'abord, je ne vous ai jamais fait la cour.

JUDITH

Vous avez de l'aplomb.

VOWENBERG

Je veux dire que je n'ai jamais enguirlandé de périphrases surannées le grand désir que j'ai de votre chère petite personne.

JUDITH

C'est une justice à vous rendre, vous m'avez toiijours parlé avec la dernière brutalité.

VOWENBERG

Et VOUS, vous m'avez toujours repoussé avec la dernière cruauté. Oh! je sais bien qui vous aimez.

JUDITH Je serais curieuse de l'apprendre.

VOWENBERG

Vous aimez Lazare Hœndelssohn.

JUDITH, riant.

Ah! ah! ah!

VOWENBERG

Vous n'avez pas du tout envie de rire. Lazare est votre flirt, votre love; je ne dis pas que vous soyez sa maîtresse...

JUDITH

C'est heureux.

VOWENBERG Pas encore, mais vous le serez.

JUDITH

Jacques, je devrais vous mettre à la porte, pour vous apprendre à me parler comme vous le faites; mais j'aime mieux m'amuser de votre grossièreté que de m'en offenser.

VOWENBERG, galamment.

Vous adorez ma grossièreté, elle vous râpe l'âme.

JUDITH

C'est vrai, comme une mauvaise eau-de-vie râpe le gosier.

VOWENBERG

Alors, je continue: le jour où vous serez la maîtresse de Lazare, je souffrirai beaucoup.

JUDITH Vous ?

EUe rit.

Oui, moi... je ragerai certainement; mais j'aurai la satisfaction de savoir que Michel est cocu.

JUDITH, le coupant.

Voulez-vous vous taire... J'ai horreur qu'on dise de ces mots-là... vraiment, vous avez un cœur charmant.

VOWENBERG Michol me déteste... il ne peut pas me sentir.

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