‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 118 sur 203 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

MADELEINE

Ih liez-vous, mon cher, d'une si jeune flamme! Je connais bien Armande... Elle a plus d'un défaut; Croyez moi, ce n'est pas la femme qu'il vous faut. D'abord, c'est une ii lie extrêmement frivole, C'est le nuage au vent, c'est l'oiseau qui s'envole, Et, sans vous arrêter au sourire enchanteur, Observez, puisque vous êtes observateur, La sensualité dans sa lèvre gourmande.

C'est possible. D'ailleurs, qu'importe, elle est Armande!

MADELEINE

Je ne me fierais point à ses airs de candeur Et ne donnerais pas un liard de sa pudeur; On lit la fausseté dans ses yeux en amande.

MOLIÈRE

Ses yeux sont les plus beaux du monde... elle est Armande!

MADELEINE

Hélas! vous n'aurez pas toujours ces airs vainqueurs;

La belle aimera plaire et séduire les cœurs,

Et. pour bien coqueter, je vous la recommande.

MOLIÈRE

Vous perdez votre temps, vous dis-je, elle est Armande!

MADELEINE

Oui, je prêche au désert et vous êtes féru; C'est incroyable!

MOLIÈRE

Et moi, je n'aurais jamais cru De votre part à tant d'inimitié contre elle.

MADELEINE

Oh! je ne la hais point; mais je la vois bien telle Qu'elle est. Je n'ai pas, moi, de bandeau sur les yeux.

vi 19

Allez! causez toujours, ce sont propos oiseux.

La nuit est venue; Provençal apporte des flambeaux; un silence; et quand le domestique est sorti, la discussion reprend.

MADELEINE

Alors, elle jouera chez nous la comédie?

MOLIÈRE

Assurément?

MADELEINE

Oui, c'est sa grande maladie.

La chose est convenue entre vous, il paraît?

MOLIÈRE

Vous l'avez dit.

MADELEINE

Eh bien, voilà son intérêt A devenir bientôt la femme de Molière : Elle a pour le théâtre une ardeur singulière, Et l'espoir de créer des rôles importants, Parbleu! la fait passer dessus vos quarante ans. Et vous, pauvre niais, vous avez la faiblesse...

MOLIÈRE

Vous venez de montrer par où le bât vous blesse; Notre troupe a besoin de quelques changements; Armande, pour jouer, aura des dons charmants, Une grâce infinie, une voix adorable...

MADELEINE

Non, non, vous vous feriez un tort irréparable! Quel que soit le pouvoir de ses jeunes appas, Il faut vous résigner à ne l'épouser pas. J'ai désiré pour elle une autre destinée; Quand j'ai quelque projet, j'y suis fort obstinée, Vous ne l'épouserez pas.

MOLIÈRE

Vraiment? nous verrons.

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