ACTE PREM1EK
ADRIEN .NE
Ah! qu'est-ce qu'elle vous dit de moi?
LIORAN.
Rien, mais si vous saviez ce qu'elle me dit des
autres.
ADRIEN NE
En effet, c'est une preuve.
LIORAN.
Voulez-vous que je vous dise un mot de Mlle Yvonne de Vert?
ADRIENNE
Je vous en prie.
LIORAN.
Ça ne peut pas se dire tout haut.
Il parle à l'oreille (TAdrienne.
MADAME TASSELIN.
On m'avait dit que c'était fini entre Sandral et Yvonne de Vert.
JACQUES LATRILLE.
Mais pas du tout ; ça bat son plein.
Et comme Sandral se dirige de leur côté. LIORAN.
Faites attention.
JACQUES LATRILLE.
Oui, oui, j'ai vu... (a voix haute.) Je vous dis que c'était en 89.
SANDRAL.
Eh bien, la jeunesse, on cause?
JACQUES LATRILLE.
Mais oui, patron, on potine, on débine, on soulève
les plus graves questions, on les laisse retomber aussitôt, on cause, quoi !
SANDRAL.
Qu'est-ce qu'il y a eu en 89, la prise de la Bastille?
JACQUES LATRILLE.
Non, nous changeons de siècle; c'est bien en 1889, n'est-ce pas, que vous êtes allé, pour la première fois, en Tunisie ?
Oui, j'y suis allé avec Mme Sandral, nous venions de nous marier. Ah ! nous n'avons pas fait notre voyage de noces à Venise ou à Palerme, nous autres. Je n'étais pas riche, il fallait d'abord se créer une situation et j'ai emmené ma femme en Tunisie, à Sidi- Bou-Sli, où l'on m'avait signalé des gisements de phosphate. Il y a une ville, maintenant, à Sidi-Bou-Sli, avec tout le confort moderne. Mais, à l'époque dont je vous parle, on couchait sous la tente; oui, nous avons vécu pendant dix ans au milieu des Arbis, nous mangions le couscous et le mitchouï. Ah! ce n'est pas toutes les femmes qui auraient fait ça. Mme Sandral était une vaillante et puis, nous étions jeunes!
JACQUES LATRILLE.
Monsieur Sandral, racontez-nous donc cette histoire de l'Italien, vous savez, oune lione, oune çat-tigre; quand ce que cous menez voir vos petits enfants.
SANDRAL.
Oui, vous voulez vous payer ma tête, vous; un autre jour... en ce moment, j'ai un bridge qui me réclame.
Sandral s'éloigne.
LIORAN.
Pour en revenir à Mlle Yvonne de Vert, il n'est pas prêt de la quitter, il dépense beaucoup d'argent pour elle.