ACTE PREMIER U
ADRIEN NE
Il a le moyen.
MADAME TASSELIN.
Ils sont dégoûtamment riches, ces Sandral?
JACQUES LATRILLE.
Us le sont encore davantage; pensez donc, cet homme-là est à la tôte de vingt affaires plus prospères les unes que les autres; il a les phosphates de Tunisie, des mines d'antimoine dans la Creuse, des placers en Afrique, que sais-je? Et puis, tant de conseils d'administration!
LIORAN.
C'est l'administrateur de grands chemins.
JACQUES LATRILLE.
Il peut entretenir Mlle Yvonne de Vert qui, d'ailleurs, le quittera pour se marier, car toutes ses maitresses le quittent pour se marier, avez-vous remarqué ?
LIORAN.
Oui, c'est curieux.
JACQUES LATRILLE.
C'est-à-dire que, si j'avais une sœur à établir, je la lui confierais; c'est vrai, il fait les présentations.
MADAME TASSELIN.
Il a remplacé l'ancien Opéra-Comique.
JACQUES LATRILLE.
Ce n'est pas étonnant qu'il ait les plus jolies filles de Paris, c'est comme s'il leur promettait le mariage... avec un autre, voilà tout.
LIORAN.
Aussi, il s'est marié une fois pour toutes et, d'ailleurs, il est charmant avec sa femme. Ce sont de bons
camarades et, chaque fois qu'il prend ou quitte une maîtresse, il fait un très beau cadeau à Nelly.
MADAME TASSELIN.
Ah! je voudrais bien que mon mari me trompât.
ADRIENNE
Soyez tranquille, ça viendra.
A ce moment, et venant du cabinet de Sandral", on entend le bruit d'une discussion entre Sandral et Fargis. Ils apparaissent bientôt, très animés.
SANDRAL.
Allons, allons, je vois ce que c'est, je suis bien bête de te répondre, tu n'es pas dans ton bon sens, ce soir, tu n'es pas discutable, je te conseille d'aller te coucher.
FARGIS
Oui, tu as raison, il vaut mieux que je m'en aille; je ne remettrai jamais les pieds chez toi, où il se passe des choses abominables! (a sa femme.) Viens, toi, nous allons rentrer tous les deux.
GINETTE, très doucement.
Gomme tu voudras, mon ami.
fargis.
Oui, tous les deux ; ce soir, Houbrun ne nous accompagnera pas, parce que j'en ai assez, j'en ai assez!...
GINETTE
Mais tu n'as pas besoin de dire tout ça, puisqu'il est parti.
fargis.
Il estjparti, il a bien fait; j'en ai assez des complaisances, des compromissions et du ménage à trois, tu entends, tu entends...
H la secoue rudement.
GINETTE
Voyons, lâche-moi, tu n'as pas honte, tu me fais mal.