ACTE PREMIER
avais demandé la permission de l'accompagner... enfin, ça n'est pas très intéressant...
KELLY
Comment s'appelait-elle?
ROBERT
Henriette.
NELLY
Il y a longtemps que c'est fini?
ROBERT
Oh ! oui, il y a longtemps... il y a trois mois !
NELLY
En effet... et, maintenant, vous l'avez oubliée?
ROBERT
Dans les premiers temps, j'ai cru que je ne l'oublierais jamais... Pourquoi riez-vous?
Dans les premiers temps... mais c'était hier, malheureux !
ROBERT
Dans les premiers jours, si vous aimez mieux. Je ne pensais qu'à elle, tout me la rappelait. Il y a une période où les souvenirs sont comme des sables mouvants dans lesquels on s'enfonce, on s'enlise... et puis, peu à peu, ils prennent pour ainsi dire de la consistance, jusqu'à devenir comme un terrain solide sur lequel on va d'un pas élastique et léger.
NELLY
Comme c'est vrai !
ROBERT
Mais j'ai bien souffert, (un silence.) Croyez-vous que Mme Destrié aime son mari?
NELLY
Quelle question! Je n'en sais rien, moi, ou plutôt, je pense que oui. Mme Destrié est une très honnête femme. Pourquoi me demandez-vous ça?
ROBERT
Parce que je croyais que, dans le monde chic, les femmes n'aimaient pas leur mari... et puis, le fils Latrille m'a dit qu'elle avait eu des amants.
NELLY
Qu'en sait-il?
ROBERT
Il m'a dit qu'elle avait aimé en dernier...
J'aime assez en dernier.
ROBERT
Qu'elle avait aimé un M. Maupeley ; que ce monsieur s'était marié et qu'elle avait été très malheureuse.
NELLY
Je ne sais pas où Latrille est allé chercher toutes ces histoires-là... il ne faut pas croire tout ce que dit Latrille.
ROBERT
D'autant plus que le monsieur en question serait un fabricant de caoutchouc.
NELLY
Eh bien?
ROBERT
Je ne vois pas une femme comme Mme Destrié amoureuse d'un fabricant de caoutchouc.
NELLY
Vous croyez donc qu'il n'y a que les artistes et les poètes qui soient aimés? Un fabricant de caoutchouc