ACTE DEUXIÈME
NELLY
Alors, il m'a raconté de quelle façon Adrienne lui avait signifié son congé.
LE HAZAY.
De quelle façon?
NSLLT.
Eh bien, elle lui a dit : — Je ne vous aime plus, j'aime M. de Fréville, — comme ça! Vous trouverez sans doute que ce procédé est d'une païenne, moi, je trouve qu'il est d'une grue... certainement.
LE HAZAY.
Elle n'avait pas besoin de lui nommer son successeur; mais, si elle ne l'aimait plus, elle a bien fait de le lui dire. Vous connaissez mes idées là-dessus : c'est un grand malheur de ne plus être aimé, quand on aime encore, mais ce n'est ni une infériorité, ni une injure, et, si l'on ne mêlait pas aux choses de l'amour, l'amourpropre d'un côté et la pitié de l'autre, cela simplifierait bien des ruptures... d'autant plus que la plupart du temps, la pitié n'est que provisoire et il faut toujours arriver, un jour ou l'autre, à la franchise.
NELLY
Et elle s'était donnée à lui la veille, la veille!
Calmez-vous, calmez-vous.
NELLY
N'en, mais c'est pour vous expliquer. Alors, je me suis permis de dire à Adrienne qu'elle aurait pu être d'une cruauté un peu moins brusque. Elle a très mal pris la chose et elle s'est vexée... jusqu'à insinuer... je vous le donne en mille...
LE HAZAY.
Quoi donc ?
NELLY
Non... au fait, rien.
LE HAZAY.
Comment rien?
NELLY
Enfin, jusqu'à insinuer que je n'avais pas le droit d'être sévère, puisque je ne suis pas moi-même irréprochable... et elle a raison, j'ai un amant.
LE HAZAY.
Vous n'allez pas vous comparer à Mme Destrié; vous n'avez pas tout de même sa puissance de changement. Lorsque nous nous sommes rencontrés, il y a six ans, votre mari vous délaissait déjà; il avait de grandes occupations, de grandes distractions aussi, vous pouviez vous considérer comme libre. Allons, ma petite Nelly, de Mme Destrié à vous, cette insinuation est purement bouffonne, et vous êtes tellement audessus de ça! D'ailleurs, ça vous apprendra à vous mêler de ces affaires-là; mais laissez donc les gens s'unir ou se séparer, comme ils l'entendent; on ne gagne jamais rien à s'entremettre.
NELLY
Oh! je ne me mêle jamais de ces affaires-là; c'est bien la première fois et c'est bien la dernière. Quant à Adrienne, je ne la reverrai plus, c'est bien simple.
LE HAZAY.
Ça s'arrangera.
NELLY
Mais non.
LE HAZAY.
Mais si.