‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 61 sur 203 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

ROBERT

Il n'est que temps... En effet, vous ne pouvez pas manquer ra; mais qu'à cela ne tienne, je vous les donnerai.

ADRIENNE

Vous?

ROBERT

Oui, moi... Oh! il n'y a pas besoin d'aller les chercher bien loin : il y a vous, d'abord. Dieu! que vous êtes jolie! Tenez, je vous déteste.

ADRIENNE

Moi aussi.

ROBERT

Alors, on s'entend.

ADRIENNE

Au fond, je crois que vous me détestez toujours un peu.

ROBERT

Vraiment non... je n'ai plus de rancune, plus de haine. Ah ! il y a quelques mois, quand je vous imaginais entre les bras de ce capitaine... enfin de M. de Fréville, je voyais rouge... mettez-vous à ma place. Vous m'aviez rendu antimilitariste et mon antimilitarismo se spécialisait dans la cavalerie. Oui, j'ai fait ma rancune dans les dragons.

Mais vous ne souffrez plus... à la bonne heure, et nous pouvons causer gentiment, en camarades... Voilà une sensation fine et délicieuse.

ROBERT

Vous cherchez toujours des sensations?

ADRIENNE

Quelques-unes.

ROBERT

Et vous en trouvez?

ADRIENNE

Quelquefois.

ROBERT

Oui... vous vivez curieusement, (un silence.) Pourquoi me regardez-vous comme ça?

ADRIENNE

Je cherche ce qu'il y a de changé en vous... ça m'avait déjà frappée, l'autre soir... vous avez un petit air, comment dirais-je?

ROBERT

Dessalé.

ADRIENNE

Oui, c'est ça, dessalé.

Je n'ai plus de sens moral.

ADRIENNE

Oh ! comme c'est contrariant !

ROBERT

C'est votre faute.

ADRIENNE

Ma faute, à moi, par exemple...

ROBERT

Mais oui... vous allez comprendre : quand on fait une grave maladie, mettons une grippe infectieuse, on peut guérir de la maladie elle-même; mais si l'on avait un organe faible, le foie ou le coeur ou les poumons, cet organe reste atteint. J'ai fait une maladie sentimentale, Adrienne, je suis guéri, je le crois; mais, sans doute, mon sens moral était faible... il n'a pas résisté.

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