‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 62 sur 203 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

ADRIENNE

Somme toute, vous me comparez à une grippe infectieuse!

ROBERT

Ni n, pas vous.

ADRIENNE

Enfin, l'amour que je vous ai inspire!

ROBERT

Non plus; mais la souffrance d'amour. Savez-vous que vous êtes toujours très jolie, Adrienne? Je ne peux pas vous dire ce que j'éprouve... je croyais vous avoir oubliée, mais est-ce qu'on peut oublier? et il suffit qur> je vous aie revue pour que tout soit remis en question... c'est comme je vous le dis.

ADRIENNE

Chut! il est défendu de parler de ces choses-là ou je m'en vais... vous savez ce qui est convenu : amitié.

ROBERT

Amitié certainement; mais vous ne pouvez pas empêcher que, depuis trois jours, je ne pense à vous avec persistance, avec obsession; d'ailleurs, je n'ai jamais cessé de penser à vous, je n'ai jamais aimé d'autre femme que vous... j'ai essayé, je n'ai pas pu. Dans les premiers temps, après notre rupture, j'ai vécu des heures sombres, désespérées, douloureuses. Ah! vous m'avez bien détraqué. Je détestais l'amour, toutes les femmes me faisaient horreur. Alors, mes amis m'ont conseillé un peu de libertinage. Pauvre chose! Ils m'ont entraîné dans des fêtes assez vulje me conduisais comme une brute, pour ne pas me faire remarquer; mais je n'ai pas aimé. Hon ammir-propre voulait que vous fussiez morte pour moi, mais mon amour savait bien que vous existiez... et puis, quelque chose me disait que vous reviendriez dans ma vie... je vous attendais.

ADRIENNE

EtMlleDupolo?

ROBERT

Ah! vous savez? alors c'est inutile de mentir. Oui, j'ai rencontré, un soir, dans un souper, une pauvre petite femme un peu plus sentimentale que les autres et qui a voulu être ma maîtresse.

Elle vous adore, paraît-il.

ROBERT

Oh ! je ne sais pas si elle m'adore : elle est craintive, jalouse, inquiète, elle est comme quand on aime.

ADRIENNE

Et vous, vous l'aimez ?

ROBERT

Non, c'est abominable!... je fais des expériences sur elle.

ADRIENNE

Des expériences?

ROBERT

Oui, je lui injecte, pour ainsi dire, la confiance ou la jalousie, la tristesse ou bien la joie... c'est très amusant.

ADRIENNE

Il y a des savants qui tourmentent ainsi de pauvres animaux dans leur laboratoire... mais c'est pour la science.

ROBERT

Moi aussi, c'est pour la science : la science du cœur.

ADRIENNE

Mlle Dupolo est votre cobaye sentimental. Pauvre Mlle Dupolo !

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