ACTE DEUXIÈME 20i
HÉLÈNE
Elle se venge.
MADAME LEFORMAH.
Triste vengeance.
MADAME SUREAU
Triste... ça dépend.
MADAME LEFORMAH.
Si tu savais comme ça m'est désagréable de t'entendre parler comme ça.
HÉLÈNE
Mais, ma bonne mère, je parle comme ça, parce que c'est ce que je pense. Il est temps de proclamer que la faute de l'homme a la môme importance que celle de la femme.
Elle n'a pas les mêmes conséquences.
HÉLÈNE
Oui, oui, à cause de l'enfant, nous la connaissons.
MADAME LEFORMAH.
Mais certainement, à cause de l'enfant.
HÉLÈNE
Mais l'enfant, c'est l'exception, c'est l'accident!
MADAME SUREAU
Alors on ne sortirait plus de chez soi.
PHILIPPE
Et puis, en supposant qu'une femme mariée, j'admets le seul cas où elle se venge, apporte un enfant dans son ménage, le mari infidèle peut aussi, à ce compte-là, en avoir semé un dans un ménage parallèle et dont le père sera un autre mari, et dans ce cas-là, l'équilibre reste parfait dans une bourgeoisie assoiffée d'idéal.
ANDRÉ
Et l'on n'a plus qu'à modifier la formule pour les naissances : le père et l'amant se portent bien.
HÉLÈNE
Maman est écrasée !
Maintenant, si le mari infidèle a fait à une pauvre fille un de ces enfants qu'il est convenu d'appeler naturels, n'est-il pas très juste que, pour avoirjeté de par le monde un malheureux qui peut-être manquera de tout et mènera une existence misérable, il soit condamné à élever confortablement, familialement, un enfant qui ne sera pas de lui, et dans ce cas-là l'équilibre est établi, non plus seulement dans la bourgeoisie, mais dans la société tout entière.
HÉLÈNE
Eh bien, mère, qu'est-ce que tu as à répondre à cela? Enfin, c'est la logique, c'est la raison et la justice mêmes.
MADAME LEFORMAH.
C'est possible, mais c'est avec cette logique-là qu'il n'y a plus de respect, plus de famille, plus rien; que tous les ménages que nous connaissons se détraquent et que le nombre des divorces augmente tous les jours.
MADAME SUREAU
On n'entend parler que de malheurs.
MADAME LEFORMAH.
De mon temps, il y avait moins de scandales. D'ailleurs, il faut tout dire, nous avons été élevées autrement. Quand je me suis mariée, j'étais une vraie jeune fille, aussi pure et aussi ignorante qu'on peut l'être...
HÉLÈNE
Tu l'es encore.
MADAME LEFORMAH.
Et j'étais toute disposée à aimer mon mari, et je l'ai aimé et j'ai été très heureuse et je crois que je l'ai rendu très heureux.
Je ne sais pas pourquoi, Hélène, ta mère me fait