‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 152 sur 237 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

d'hier se renouvelle. Vous ne pouvez pas être ma maîtresse, n'est-ce pas? Vous n'avez pas songé un seul instant que j'allais rompre avec Hélène, à la veille de l'épouser, et vous la sacrifier, elle qui n'a rien fait! Ça n'est pas possible. Alors quoi? Continuer à la tromper? Vous hier, elle aujourd'hui! Ah! non, non, mille fois non... je me ferais l'effet d'une fille qui remet et enlève son corset à une heure d'intervalle... C'est grotesque et c'est répugnant !

GOTTE

^lais, Philippe, ne vous irritez pas et surtout ne me parlez pas ainsi. Ah ! je me doutais bien en venant de ce qui m'attendait : c'était à prévoir; mais rassurez-vous, je ne viens pas ici armée de mes droits, je ferai ce que vous voudrez et, si petite qu'elle soit, je me tiendrai à la place que vous m'indiquerez. Pourtant, je vous assure que vous exagérez... nous ne sommes pas des criminels,

PHILIPPE

Vous êtes donc inconsciente, alors !

C'est possible... toutefois, si vous devez avoir de tels remords et des lendemains si bouleversés, vous avez raison, il ne faut pas que ça se renouvelle.

PHILIPPE

Et vous, Gotte, vous n'avez pas de remords?

GOTTE, le ref irdant bien en face-

Non, Philippe, parce que moi, je vous aime... (pctit siknce.) Mais SI je ne puis être votre maîtresse, et je le comprends, ne puis-je au moins rester votre amie, votre tendre amie... je n'en demande pas davantage.

PHILIPPE

Pour le moment, mais vous seriez bientôt plus exigeante; et quant aux demi-mesures, nous savons où elles mènent, les demi-mesures : à l'infamie tout entière. Il y a quatre mois, chez vou^, n la campagne,

"iSô LA DOULOUREUSE

lorsque j'ai voulu partir, il était temps encore et nous n'étions pas coupables... je vais même plus loin : ce qui se passait en nous, entre nous, était naturel... vous voyez que j'ai des idées suffisamment larges; mais où la faute a commencé, c'est lorsque vous m'avez obligé à revenir, c'est lorsque vous avez manoeuvré...

GOTTE

Manœuvré?

PHILIPPE

Oui, manœuvré avec tant d'habileté, qu'Hélène elle-même s'est alarmée et a trouvé étrange que je ne fusse pas au milieu de vous, car vous avez admirablement exploité l'amitié quasi fraternelle qui vous unissait, cette amitié que vous oubliez d'ailleurs si allègrement pour d'autres choses.

C'est un réquisitoire; vous analysez merveilleusement, mais vous feriez mieux d'avoir moins d'analyse et plus de volonté.

PHILIPPE

Oui, vous avez raison. C'est à ce moment-là que j'aurais dû tout avouer à Hélène, mais il ne s'agissait pas que de moi, il s'agissait aussi de vous, et je ne m'en suis pas cru le droit, puisque l'honneur... l'honneur!... nous défend de dénoncer une femme, quoi qu'elle fasse. Alors nous avons vécu à nouveau l'un près de l'autre; nous nous sommes trouvés ensemble, seuls, vous avez poursuivi votre œuvre... vous avez pleuré, car vous saviez que vos larmes usaient ma résistance, et, sous prétexte de tendresse et de souffrance, vous avez amolli mon cœur et troublé ma chair... si bien que nous sommes arrivés au désastre d'hier.

GOTTE

C'est admirable ! Je me suis donnée à vous, je vous ai fait cadeau de ma personne, et vous m'en remerciez en parlant de désastre ; mais si c'est un désastre, mon

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