ACTE TilOISlÈMt
cher, vous en avez votre part ; vous n'appuyez pas assez là-dessus; je ne vous ai pas pris de force après tout, et j'estime que j'ai le droit de vous demander des comptes. Eh bien! qu'est-ce que vous faites de moi dans tout ça? Qu'est-ce que je deviens, moi? (Rajjeuse.) Et si je vous aime, moi, si je vous aime?
PHILIPPE
De quelle façon vous me le dites! Mais non, vous ne m'aimez pas, ma pauvre Gotte : c'est l'obstacle qui était entre nous qui vous a amusée d'abord, puis troublée, puis passionnée, puis affolée; alors, vous êtes devenue la rivale de votre amie, et ce n'est pas moi que vous aimez, c'est Hélène que vous détestez : à telles enseignes que si l'un des deux, Hélène ou moi, venait à disparaître, vous rentreriez dans la tranquilhté.
GOTTE
Vous avez décidé ça. Dites plutôt que c'est vous qui avez eu un caprice, une fantaisie, une curiosité, puisque vous pouvez si facilement vous reprendre; mais moi ça n'est pas la môme chose; que voulez- vous que je devienne maintenant que vous m'avez prise, que vous m'avez prise?
PHILIPPE
Ne parlez pas si haut. Hélène doit venir tout à l'heure; elle peut entrer d'un moment à l'autre et tout entendre... épargnons-lui au moins ça.
GOTTE
Nous l'entendrons sonner, j'imagine.
PHILIPPE
Vous savez bien qu'elle a la clef de l'atelier. D'ailleurs, à quoi bon cette discussion? Je vous préviens que, cette fois-ci, ma décision est absolue et vos larmes même ne sauraient me toucher.
GOTTE, fièrement.
Soyez tranquille, je ne pleurerai pas.
PHILIPPE
Donc, abrégeons, je vous en prie. Il est mutile qu'Hélène vous trouve ici... il faut vous en aller.
GOTTE, bondissant.
Vous me chassez.
PHILIPPE, patient.
Je ne vous chasse pas. J'en appelle à votre bonne foi... je vous conseille de vous en aller.
GOTTE
Alors, il faut que je lui cède la place et que je vous laisse seuls! Voulez- vous que je fasse le guet, pendant que vous y êtes? Eh bien, non... je ne m'en irai pas... je ne m'en irai pas. Vous croyez que vous allez me renvoyer comme une grue et que je supporterai cette humiliation. Quand je me suis donnée à vous, j'ai fait une <5hose importante, mon cher, ce n'est peut-être pas votre avis, je le regrette, mais c'est le mien. Et pourquoi donc serais-je toujours sacrifiée, moi? Je vaux autant qu'elle, -après tout... avec ça qu'elle se serait gênée à ma place*
PHILIPPE
Je vous défends, entendez-vous, de parler ainsi... mais vous êtes folle.
GOTTE
Je ne suis pas folle du tout, je sais ce que je dis, oui, je vaux autant qu'elle, peut-être plus.
PHILIPPE, fioidcment.
Non.
GOTTE, hors d'elle.
Non?... Vous êtes mon premier amant, je le jure; tandis qu'elle...
PHILIPPE
Tandis qu'elle... mais parlez donc...
Il lui serre les poignets et la secoue.
GOTTE, se dcga^-eant.
Ah! lâchez-moi... tandis qu'elle, elle ne pourrait pas en dire autant : il y en a eu un autre avant vous.