ACTE TROISIÈME
HÉLÈNE
Alors, qu'est-ce que tu as ?Tu as l'air bouleversé. Ah ! je n'aime pas te voir ainsi; on t'a fait quelque chose; tu as reçu une mauvaise nouvelle ; on t'a dit du mal de moi? (Voyant qu'elle a touché juste.) Ah! mou pauvro Philippe, je t'adore et tu m'aimes; le monde ne peut pas supporter qu'on soit heureux; alors, nous sommes entourés d'ennemis qui nous guettent et qui potinent haineusement. Tout ce qu'ils pourront faire pour empoisonner notre bonheur, ils le feront, mais puisque nous nous aimions, le reste ne compte pas. (Eiie veut rcmbrasser; il la repousse.) Tu me rcpousscs? Qu'cst-ce qu'il y a?... Je veux savoir, il y a quelque chose.
PHILIPPE, lui prenant la main et la regardant.
Oui... écoute, Hélène, tu ne m'as jamais rien caché de ta vie passée?
HÉLÈNE
Je ne crois pas... mais pourquoi me demandes- tu ça?
PHILIPPE, lui iàchanl la main.
Parce que Ton m'a écrit... du moins, on m'a dit... enfin je sais que tu as eu un amant!... Est-ce vrai?
HÉLÈNE
Si tu le sais, c'est bien.
PHILIPPE
Oh! réponds-moi franchement, je t'en supplie... ne me force pas à remonter aux preuves... Est-ce vrai?
HÉLÈNE
Oui, c'est vrai... mais qui donc t'a dit ça ?
PHILIPPE
Je ne peux pas te le dire.
HÉLÈNE
Tu ne peux pas me le dire ?
24i LA DOULOUREUSE
PHILIPPE
Non, et d'ailleurs, peu importe, puisque tu le reconnais toi-même... Alors, toi aussi, tu mentais?
HÉLÈNE
Je ne t'ai pas menti : tu ne m'as rien demandé.
PHILIPPE
Non, je ne t'ai rien demandé, mais tu m'as laissé croire que j'étais le premier, tu entends, le premier qui éveillais ton cœur, tes sens et tout ton être ; tu m'as habitué à cette ivresse, tu m'as encouragé dans l'orgueil de t'avoir révélée à toi-même ! Comment donc appellestu ça, si ce n'est pas un mensonge?
HÉLÈNE
Si j'ai menti, c'était pour toi, pour que tu ne sois pas malheureux, pour que tu ne souffres pas.
PHILIPPE
Ah! oui, parbleu, quand vous ne mentez pas contre nous, par astuce et pour nous rouler, vous mentez soidisant pour nous, par pitié et pour nous épargner, n'estce pas? De toutes façons, vous mentez toujours. Et puis, admettons, tu mentais pour moi; mais tu mentais aussi pour toi, dans ton intérêt, parce que ta vie s'arrangeait bien ainsi et, malgré cette aventure, tu acceptais de devenir ma femme et de prendre mon nom, ma liberté, mon existence tout entière... tu avais mis la main sur moi... et j'étais chambré !
HÉLÈNE
Philippe, tais-toi, tais-toi, c'est affreux, ce que tu dis là. Comment peux-tu me prêter des calculs aussi vils, à moi qui t'adore et qui ne vis que pour toi ? Tu me parles comme à une fille qui voudrait se faire épouser.
PHILIPPE, entre haut et bas.
Avec une fille au moins, on sait à quoi s'en tenir, on n'est pas trompé... j'aime mieux les femmes qui ne