‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 158 sur 237 · ACTE MiOlSIEME · texte numérisé non relu

ACTE MiOlSIEME

laissent pas d'illusions avant que celles qui n'en laisser. t pas après.

HÉLÈNE

Ah! tu peux bien m'accabler... Oui, tu as raison, il eût été plus digne de toi et de moi d'avouer tout, mais je craignais de perdre mon bonheur et que tu fusses sans pitié, comme tu Tes aujourd'hui.

PHILIPPE

Je t'aurais pardonné.

HÉLÈNE

Tu dis ça maintenant.

PHILIPPE, avec force.

Je le dis et je l'aurais fait. Non, vois-tu, c'est le mensonge, l'éternel mensonge dont j'ai horreur. Quelle confiance veux-tu que j'aie pour l'avenir?... Je t'avais mise au-dessus de toutes, et j'apprends que tu as été à un autre avant moi. Et tu Tas aimé, cet autre? Naturellement, tu vas me dire que tu ne sais pas comment ça s'est fait, que c'a été une surprise; enfin, ce que vous dites toutes.

HÉLÈNE, siiiiplemeiit cl p.is vite.

Non, je ne te dirai pas ça... je l'ai aimé.

PHILIPPE

Ah ! misérable !

Oui, je l'ai aimé, et c'est ma seule excuse. Je n*ai pas eu un amant par caprice, par désœuvrement, ou pour jouer un bon tour à une amie, comme tant d'autres... aussi tu m'appelles misérable.

PHILIPPE

Et qui est cet homme? Comment s'appelle-t-il? Il est mort, il vit, quoi? Mais parle donc, réponds. Tu ne veux pas me dire son nom?

HÉLÈNE

A quoi bon?

PHILIPPE

Tu es bonne, toi. Il y a des gens après lesquels on n'aime pas venir.

HÉLÈNE

On n*aime venir après personne et, quel que soit celui que je te nommerai, c'est justement celui-là que tu ne me pardonneras pas.

PHILIPPE

Alors, tu veux que nous vivions ensemble avec cet inconnu entre nous, et que je sois exposé à le rencontrer, à lui serrer la main peut-être? Non, ça n'est pas possible, il faut nous en aller chacun de notre côté... Je te rends ta liberté et je reprends la mienne.

HÉLÈNE

Ah! comme tu es cruel et implacable, et pourtant je t'ai aimé pour ta justice et pour ton humanité, et parce que tu te penchais sur toutes nos misères avec une âme généreuse... je t'ai aimé parce que tu ne ressemblais pas aux autres... je te croyais capable d'indulgence et de pardon.

PHILIPPE

On est indulgent quand on n'est pas acteur dans le drame des passions; mais quand on y est pour son propre compte, on pense autrement... je m'en aperçois bien maintenant; c'est l'instinct qui domine, c'est illogique, égoïste, brutal, si tu veux, mais c'est ainsi. Je souffre : j'a,i une blessure là, une plaie horrible... alors je crie!... (n écute en sanglots.) Tu ne comprends donc pas ça?

HELENE, dans les larmes.

Oui, je sais, c'est affreux et je te plains de tout mon cœur; mais,, depuis que je te connais, tu n'as rien à me reprocher. Voyons, toi qui es juste, car tu es juste et bon, malgré tout, écoute-moi... écoute-moi. Tu as connu l'homm.e que j'avais épousé et dans quel monde je vivais, et combien mon existence était vide.

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