‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 159 sur 237 · ACTE TROISIÈME 2i · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME 2i

Pouvais- je deviner que je te rencontrerais? Sans ça, je t'aurais attendu purement comme une fiancée, je me serais gardée avec orgueil. Mais du jour où je t'ai aimé, rien n'a plus existé pour mioi, et le passé s'est éloigné brusquement jusqu'à disparaître, et tu aurais voulu que je t'en parle, quand tu m'as demandé d'être ta femme.

PHILIPPE

Oui.

HÉLÈNE

Ah ! vois-tu, il y a des choses qu'on ne peut pas exiger d'une véritable amoureuse... c'est au-dessus des forces de la plus forte... je t'en supplie, ne regarde pas dans le passé, mais dans l'avenir : je serai ta maîtresse, ta compagne, je serai ce que tu voudras, car je t'aime, je t'adore, entends-tu... Tiens, je suis à tes pieds, je m'humilie, je te demande pardon, pardon.

Elle est à genoux devant lui.

PHILIPPE

Je peux bien te pardonner, mais il faudrait pouvoir oublier. Pouvons-nous faire que ce qui a été n'ait pas été? Et puis n'y aura-t-il pas tout près de nous, entre nous, le souvenir vivant de ta faute, ta faute ellemême, en chair et en sang!

HÉLÈNE

Je ne te comprends pas. Que veux-tu dire?

PHILIPPE

Mais si, tu me comprends... ton enfant, Georges, ton fils, son fils, et qui lui ressemble peut-être... Ah! non, ce n'est pas possible, ce n'est pas possible.

HÉLÈNE

Ah! mon Dieu!... mais comment sais-tu?... (Rrua. quein.nt.) C'est Gotte qui te l'a dit?

PHILIPPE

Non, ce n'est pas Gotte!

ns LA DOULOUREUSE

HÉLÈNE, se relevant.

Ne mens donc pas ! c'est Gotte ! il n'y a qu'elle au monde, tu entends, qui sache ça; il n'y a qu'elle à qui j'aie confié mon secret... j'ai bien choisi, d'ailleurs. Alors, c'est ça qu'elle est venue te dire tout à l'heure, et pour m.e trahir ainsi elle devait avoir une raison, une raison personnelle. Ah! je comprends tout, maintenant... tout s'éclaire... Je sentais bien, depuis quelque tem.ps, depuis longtemps môme... tiens, ça a commencé il y a cinq mois, à la campagne, tu vois que je ne suis pas tout à fait une imbécile... je sentais bien quelque chose de louche autour de moi, et que je vivais dans une atmosphère d'intrigues et de mensonges qui s'épaississait de jour en jour; mais je ne voulais pas approfondir, je ne voulais même pas m'arrêter aux soupçons d'une trahison de sa part, de la tienne, d'une trahison aussi basse. Ah! la gueuse... elle m.ériterait...

PHILIPPE

. Quoi? qu'est-ce que tu vas faire?

HÉLÈNE

, Rassure-toi... il faudrait la tuer, n'est-ce pas? ou alors ne rien dire. Je ne dirai rien. Mais toi, toi, pour un homme supérieur, pour un artiste qui aime les choses chic, tu y as la main; toi, mon amant, mon fiancé, me tromper avec mon amie, avec ma sœur presque, c'est vraiment le potin de six heures ou je ne m'y connais pas. Et c'est toi tout à l'heure qui me jugeais, qui me jugeais! Ah! ce rôle de justicier ne te va guère et tu as manqué quelque peu d'indulgence, mon garçon. C'était pourtant le cas ou jamais de te rappeler tes théories généreuses, les droits et les devoirs égaux, et que la faute de l'homme a la môm^e importance que celle de la femme; toutes ces belles phrases qui m'ont fait croire à ta supériorité! Ahî hypocrite! Tu es bien comme les autres, tu es bien un homme, un être faible et impitoyable. Oui, tu as été

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