‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 160 sur 237 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

sans pitié, tout à l'heure; m'as-tu assez durement fait sentir ta colère et ton mépris, et comme l'insulte était près de tes lèvres, car tu n'avais même pas la douleur d'un amant : tu n'as eu que la rage d'un mâle.

PHILIPPE

Je souffre plus que tu ne le crois.

Mais non, tu n'as eu que de la colère et de la rage : tu étais atteint dans ta seule vanité d'homme, dans ta vanité bête, ah! oui, bêt», car tu acceptais que mon enfant fût le fils d'un Gaston Ardan, c'est-à-dire d'un voleur et d'une brute que tu méprisais et dont il aurait sans doute hérité les vices; mais qu'il fût le fils d'un autre et d'un garçon propre, certainement, tu ne peux pas te faire à cette idée-là. Et tu m'as mise plus bas qu'une fille. Eh bien, non, nous sommes quittes, mon cher... oui, j'ai eu un amant et je relève tout de même la tête... j'invoque pour moi, femme, le droit à l'amour; ce sont tes doctrines et je suis ton élève après tout... j'ai eu un amant comme tu as eu des maîtresses.

PHILIPPE

Ah! Hélène, ça n'est pas la même chose!

HÉLÈNE, so forçant de rire.

Enfin, tu arrives aussi à l'affirmer, le fameux axiome, toi, toi, c'est admirable... c'est drôle, c'est vraiment drôle !

PHILIPPE

Tu peux railler... je ne me défends pas... je suis un misérable... tu peux m'accabler à ton tour, c'est ta revanche.

HÉLÈNE, triste d'abord, pui» dans les larmes.

Ah! mon pauvre ami, va, je ne triomphe guère... si tu savais... Et puis à quoi bon récriminer... de part et d'autre, ce qui est fait est fait. Mais vois-tu, moi, ce n'est pas dans monamour-propre quejesuis atteinte, c'est dans mon amour, dans mon unique et grand

amour... tout s'écroule, tout s'écroule, mes illusions, ma foi, mon idéal, ma seule raison de vivre... c'est mon bonheur, mon pauvre bonheur, qui s'effondre... Ah! c'est horrible, vous deux, vous deux. Ah! mon Dieu, je ne méritais pas ça !

Elle éclate en sanglots,

PHILIPPE, se jetant à ses genoux.

Hélène, pardonne-moi... je n'aime que toi au monde... J*ai le remords effroyable de ce que j'ai fait. Ah! si tu pouvais voir ce qui se passe en moi, combien je suis malheureux... Et puis, il y a des choses que je ne peux pas te dire; alors je me laisse accuser et je te parais coupable, monstrueusement, et pourtant, si ta savais !

HÉLÈNE

Oui, oui, je sais... ne me dis rien, je devine, mais c'est égal...

PHILIPPE

Je ne m'excuse pas non plus et je n'avais pas le droit d'être impitoyable tout à l'heure... Ah! non, ;e n'en avais pas le droit. Je te demande pardon, c'est moi qui m'humilie et qui suis à tes pieds... Hélène, réponds-moi, je ne veux pas que tu pleures.

HÉLÈNE

Ah! mon pauvre a^ni, s'il y a une faute dans ma vie, je l'expie cruellement et tu peux te contenter de ça.

PHILIPPE

Nous expions tous les deux; mais il faut oublier toutes ces choses horribles. C'est toi qui le disais tout à l'heure, il ne faut pas regarder dans le passé, mais dans l'avenir. Nous serons heureux et nous nous aimerons davantage, puisque nous aurons souffert l'un par l'autre. Ah! ne m'abandonne pas, car je ne peux pas m'imaginer la vie sans toi... mais tu ne m'aimes peutêtre déjà plus...

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