ACTE QUATRIEME
PHILIPPE
Une grave résolution?
HÉLÈNE
Oui, je me suis séparée de mon fils.
PHILIPPE
Georges ?
HÉLÈNE
Oui. Je l'ai mis au collège, chez les prêtres, en province; il y restera toute l'année et il passera les vacances chez mes parents; de cette façon vous ne le verrez même pas.
PHILIPPE
Ah ! Et vous resterez sans le voir toute une année ?
HÉLÈNE
J'irai le voir de temps en temps.
PHILIPPE
Quel âge a-t-il?
HÉLÈNE
Six ans.
Je trouve qu'il est bien jeune, pensez donc, six ans! il a encore besoin de vous, pauvre petit bonhomme.
HÉLÈNE
Il y en a de plus jeunes que lui qu'on met au collège.
PHILIPPE
Tant pis.
HÉLÈNE
Mais vous savez, ils sont très bien chez les bons pères.
Vous pensez bien que j'ai tout visité, les dortoirs, les salles d'études, les cuisines; c'est très propre, il sera très bien soigné.
PHILIPPE
Comme c'est drôle, vous vous séparez de lui quand il a six ans, et quand il en aura vingt, vous voudrez
le tenir sous vos jupes et vous vous étonnerez qu'il puisse vivre loin de vous.
HÉLÈNE
Que voulez- VOUS? Tout le" monde fait ça.
PHILIPPE
Si les autres mères ne comprennent pas leur devoir^ ça n'est pas une raison pour que vous le méconnaissiez^ vous. Mais rappelez-vous ce que nous avons dit souvent sur Téducation des enfants et du petit Georgesen particulier. Vos idées ont donc bien changé?
Oui, elles ont bien changé depuis deux mois, à cause de vous.
PHILIPPE
Alors, c'est à cause de moi que vous vous séparez de votre enfant?
HÉLÈNE
Oui, et je suis très heureuse de vous faire ce sacrifice.
PHILIPPE
Ah! pauvre petit! pauvre petit! Je n'ai aucune joie de ce que vous m'annoncez, mais une immense tristesse au contraire; je me rappelle, moi, j'ai été mis au collège à six ans et j'ai tant souffert !
HÉLÈNE
Vous, c'est possible, mais il y a des enfants qui s'en accommodent très bien.
PHILIPPE
Mais Georges n'est pas de ceux-là, il vous ressemble trop; il a votre nature, votre sensibilité extrêmic et votre délicatesse infinie; il sera froissé à chaque instant par la sévérité des professeurs, par la tracasserie des surveillants, et par les camarades cruels et mal élevés. Il aura peut-être les pieds chauds, mais -été comme hiver il aura l'âme transie. Voyez- vous, je le plains de tout mon cœur, et que ce soit à cause de