II. à
CLAUDINE
Oui, il y a de bons moments; mais si vous saviez à quel prix on les achète et quel triste métier! Quand je pense que moi, m.oi, qui suis autoritaire audelà de toute expression, qui n'accepte jamais d'observations même très douces et de gens que j'aim.e bien, qui suis paresseuse, adorant mes aises, en un m^ot qui ne fais que ce qui me plaît... quand je pense que je me levais de bonne heure, que je déjeunais à la hâte pour aller répéter, que je passais des après-midi entières derrière des portants, que je recommençais une scène vingt fois selon le caprice d'un auteur ou d'un directeur!... quand je pense à tout cela, voyez-vous, ça m'étonne moi-mêm.e.. je me demande maintenant... maintenant que c'est un peu loin, n'est-ce pas? je me demande comment j'ai pu faire tout ça.
C'est-à-dire qu'un amant aurait eu le quart de ces eicigences, vous l'auriez envoyé promener.
CLAUDINE
Plutôt deux fois qu'une.
VÉTHEUIL
Evidemment!
CLAUDINE
Non, voyez- vous, pour nous qui connaissons les dessous des dessous et les coulisses des coulisses... Et puis la méchanceté des cam.arades : vous ne vous doutez pas de ce qu'on est rosse da,ns ce monde-là!
VÉTHEUIL
Oh! si je m'en doute. Dans tous les mondes d'ailleurs; comment voulez- vous qu'il en soit autrement? L'autre jour, j'étais chez de bons bourgeois qui ont une propriété aux environs de Mantes : ils ont tapissé leurs r.ouloirs avec les premières pages du Courrier Français. Ainsi maintenant, dans les campagnes, Forain a remplacé l'andrinople!... N'est-ce pas symbohque?