ACTE QUATRIÈME f
les montagnes, rend leurs contours moins durs, et fait de ces masses énormes des choses attendrissantes.
CLAUDINE
Ah! comme tu analyses tes sensations, et comme tu es compUqué, môme dans le moment que tu es le plus sincère et le plus ému. Est-ce drôle d'être comme ça !
VÉTHEUIL
Oui, c'est parce que je suis comme ça que je t'ai comprise, le jour où tu m'as dit que tu ne pouvais pas abandonner ton ami, ni compromettre l'avenir de ta lille. Sans ça, j'aurais dit : Je veux ! comme tant d'autres, et nous aurions semé des désastres autour de nous. En tout cas, nous avons été pendant un mois complètement l'un à l'autre, sans personne entre nous, seuls, au bord de ce lac où se cachent tant d'amours pareilles aux nôtres. Nous avons pu même, parfois, avoir l'illusion que nous étions libres, nous avons été des AmantLi, c'est ce que nous voulions : avoir un mois de bonheur absolu... nous l'avons eu, et maintenant, il faut payer.
CLAUDINE
Alors, c'est lini... c'est fini?...
VÉTHEUIL
Écoute, Claudine, viens-là, laisse-moi te parler, laisse-moi te dire...
CLAUDINE
Quoi? Qu'est-ce que tu as à me dire? Encore des choses raisonnables; tu ne sens donc rien, toi?
VÉTHEUIL
Oh! Cla,udine, c'est mal, ce que tu dis là... Si lu savais... mais je suis meurtri, moi aussi, j'ai le v «vurt-n lambeaux, je monte un calvaire effroyable, senl.^raout, il le faut ! il le faut ! il le faut !
Je ne te reverrai jamais!...
ti. 10
ilO AMANTS
VÉTHEUIL
Mais si... je reviendrai, plus tard, et nous serons guéris.
CLAUDINE
Tu crois?
VÉTHEUIL, avec forée.
Oui, nous serons guéris; nous ne nous quittons pas parce que je t*ai trompée ou que tu m'as trompé, ou que nous sommes las l'un de l'autre; il n'y a pas entre nous les mensonges habituels ni les habituelles infamies qui enveniment les blessures d'amour et font les plaies inguérissables; nous nous quittons parce qu'il y a entre nous ta fille et ton ami, et que nous ne pouvons plus être heureux avec des obstacles si tendres; et puis, nous nous disons adieu, c'est vrai, mais c'est dans un paysage merveilleux !
CLAUDINE
C'est comme si tu disais à une femme qui va se noyer, qu'elle se noie dans une jolie rivière!
VÉTHEUIL
Tu ne me comprends pas... dans un paysage apaisant, si tu aimes mieux... Plus tard, pas demain, bien &ûr, mais plus tard, quand tu penseras à cette terrasse de Pallanza, tu reverras en même temps le lac, les montagnes, toutes ces choses qui nous entourent et qui sont si douces, et quand tu songeras à notre séparation, ta douleur, malgré toi, participera du calme qui y préside.
CLAUDINE
Jamais!... Il ne faut pas y compter!... Tu es gentil de me dire ça, mais moi, je sais bien que je vais souffrir longtemps et cruellement, toujours! D'abord, ce pays, je le déteste, je l'ai en horreur, je vais le fuir, le fuir. Demain matin, je pars, mioi aussi. Ah! si je pouvais m'en aller toute seule, autre part, n'importe où, mais je ne pourrai même pas souffrir à l'aise... on